Du cœur oppressé, la vérité jaillit dans un cri déchirant :

— Elles m’ont appelée fille de vol…

La paume du docteur s’appesantit sur la bouche entr’ouverte. Le mot terrible s’étrangla. Et le médecin, expressivement, désigna à la fillette la malade retombée en arrière, les yeux fermés, pâle et rigide comme une trépassée.

D’un effort visible et violent, l’enfant arrêta ses pleurs, puis se redressa, en posant un long baiser sur la main blême.

— Raymonde ! fit gravement le médecin, entre haut et bas, je te confie ta maman. Soyez très sages toutes deux quand vous allez vous trouver seules. Plus une parole ! Tu en prends l’engagement ?

— Oui ! articula Raymonde, attachant sur le docteur ses grands yeux noirs, où se lisait toute sa sincérité passionnée.

— Bien, ma petite ! Je compte sur toi ! Tu lui donneras sa potion. Tu relèveras ses oreillers ! Veille bien ! Je vais m’occuper de vous trouver une aide, puisque Zélia vous quitte !

— Oh ! fit dédaigneusement la fillette, d’un ton de ménagère entendue, il n’y a pas de quoi la regretter, cette Zélia ! Elle était sale ! Elle prisait et aimait l’eau-de-vie ! Je lavais en cachette les tasses, petite mère, pour que tu ne prennes pas de dégoût !

Elle jetait son canotier sur la table, s’asseyait dans le fauteuil au pied du lit.

— Je ne bougerai plus de là !