— Raymonde, regarde-moi en face. Tu ne dois pas dire la vérité ! fit Mme Airvault, élevant sa voix tremblante. Je ne veux pas que tu me mentes jamais ! Savoir que tu me trompes, toi, dépasserait toutes les peines qui m’accablent.

La fillette, croisant ses bras au-devant de son visage, éclata en larmes. Le docteur, apitoyé devant ce désespoir d’enfant, se pencha :

— As-tu été punie, Raymonde ? Confie-moi ce gros chagrin ? Nous sommes bons amis, n’est-ce pas ?

Paternel, il essaya d’écarter les minces poignets et s’empara des deux menottes. Le chapeau renversé en arrière, les joues couvertes d’un ruisseau, le petit visage, sous la masse crépue des cheveux sombres, offrait un spectacle si lamentable que M. Davier en fut ému. Il remarquait, à la tempe, la marque pourpre d’une griffade, à l’épaule, la manche arrachée, et cette exclamation lui échappa :

— Comment ? On t’a battue ?

Les lèvres gonflées s’entr’ouvrirent pour une protestation furieuse.

— Non ! Non ! C’est moi qui ai battu la première ! Les menteuses, les méchantes ! Je me suis échappée ! Je ne veux plus retourner à la pension ! Jamais ! Non !

Raymonde, en même temps, s’élançait pour tomber agenouillée devant le lit, la tête enfouie dans le pan du drap, les épaules convulsivement secouées :

— Oh ! maman ! Je n’ai pas menti ! je te jure de ne jamais mentir ! Mais je n’en pouvais plus de supporter les grimaces et les ricanements de cette affreuse fille et de ses amies ! Oh ! les méchantes ! les méchantes !…

— Que disaient-elles ? demanda à voix basse Mme Airvault, avec une avidité douloureuse.