La mère de Valentin s’avança, avec une urbanité empressée, vers la rarissime visiteuse. La haute dignité de cette femme, dont le chagrin avait givré la chevelure châtain et creusé les tempes, mais qui conservait tant de lumière dans son large regard et dans son beau sourire, intimida l’altière Fulvie. Son ton s’adoucit, prenant le diapason de la voix accueillante.
Cependant Mme Clozel, laissant ses intimes poursuivre à leur guise l’entretien en cours, installait Mme Davier à un guéridon, lui versait elle-même une tasse de thé, l’entourait de petits soins hospitaliers, et s’asseyait à ses côtés pour déguster une infusion de camomille.
— Le docteur est toujours extrêmement occupé ?
— Il se surmène ! A peine aborde-t-il la maison ! Sans cesse on l’accable de missions nouvelles ! Je lui reproche d’excéder ses forces !
— Je le conçois ! Mais ce sont de nobles excès ! fit Mme Clozel. Et vous devez manquer de conviction en les lui reprochant !
Tout en buvant à petits coups le breuvage aromatique, la mère de Valentin demandait d’un air très calme, mais avec une imperceptible hésitation :
— Votre mari n’a-t-il pas été le tuteur d’une jeune fille, Mlle Airvault ?
Les oreilles de Fulvie tintèrent à l’assourdir. Les nerfs ratatinés, la jeune femme parvint à garder une apparente indifférence :
— Ah ! mon Dieu, oui ! Mlle Airvault représente encore une de ces corvées… scabreuses… que mon pauvre docteur n’a pas la force morale de refuser… Une situation… particulièrement délicate… des circonstances… difficiles… Il se laissa toucher… Enfin !…
En achevant ces petites phrases rompues et sournoisement ambiguës, Fulvie jeta un coup d’œil vers Mme Clozel qui, les yeux baissés, surveillait la fusion du sucre dans sa tasse. Et affectant l’intérêt, très naturellement, Mme Davier demanda :