Ces représentations sensées tombèrent dans l’âme agitée de la femme comme de l’eau projetée sur des charbons ardents et en activèrent follement l’effervescence. Fulvie, presque tragique, bondit de son fauteuil, droite devant son mari.
— Vous le prenez vraiment avec un calme… qui me laisse fort à penser. Toujours des excuses pour les torts et les fautes de ces gens ! Et voici que vous rapprochez d’ici… cette femme !… Que dois-je en conclure ?…
— Seulement ce qui est la vérité. Cette femme a subi de rares tortures. Ceux qui le savent ont cherché à améliorer son destin en la réunissant à sa fille. N’en cherchez pas davantage.
Et soutenant sans faiblir, de ses yeux noyés de tristesse, le défi des noires prunelles brûlantes, Davier proféra :
— Ce que vous devez penser surtout, Fulvie, c’est que votre mari vous aima avec une tendresse dont vous ne connaissez pas la profondeur et qu’il préféra toujours sacrifier son repos au vôtre.
Elle sentit, dans ces mots, une sincérité et une force qui lui imposèrent, en même temps qu’une amertume dont elle n’osa pas demander explication. Sans savoir pourquoi, elle prit peur, baissa les paupières et resta muette.
La femme de chambre, à cet instant, entrait dans le petit salon.
— Madame ! J’ai omis de dire à madame que, peu après son départ, M. de Lancreau a téléphoné pour dire à madame que, envoyé aujourd’hui en mission, il ne pourrait retrouver madame comme il était convenu. Il viendra ici demain ou après-demain. Madame m’excusera de mon oubli ?
— Oh ! très bien ! répondit Fulvie distraitement.