Tout en susurrant, la vieille femme traversait la cuisine pour ouvrir la porte d’une seconde pièce où deux lits, bout à bout, se rangeaient au long de la muraille. Sur la couche la plus éloignée, Raymonde aperçut Philomène, soutenue par une pile d’oreillers, les mains errantes sur les draps. Des mèches grises, échappées au bonnet, retombaient sur le visage cachectique, où luisaient des yeux de fièvre.

C’était la première fois que la jeune fille entrevoyait les transes des ultimes combats. Maîtrisant son effroi et sa pitié, elle s’approcha de la moribonde et posa un baiser sur la tempe flétrie.

— Rara ! ma jolie petite Rara si bonne ! Enfin !

— Je ne vous savais pas malade, chère Philo ! Vous m’auriez vue déjà. Où souffrez-vous ?

— Partout ! Mais bientôt je ne souffrirai plus… Te parler va me soulager. Après je m’en irai sans crainte vers le bon Dieu… Adèle, laisse-nous.

La voix saccadée avait pris une force soudaine. Adèle sortit, obéissante.

— Je me tiendrai à côté, mademoiselle. Si vous aviez besoin de moi…

Philo surveilla la porte, qui se referma strictement. Alors les prunelles de braise plongèrent un âpre regard dans les beaux yeux, jeunes et brillants.

— Tu es jolie, Rara, de plus en plus !… Et voici l’âge du mariage ! Je m’en tourmente !

— Pauvre bonne amie !