Raymonde se rejeta en arrière, accablée et déçue. Elle regretta d’avoir prêté l’oreille à des divagations de délire, où subsistait une aversion tenace.
Elle avait ouï dire que l’âme, dans la détresse des derniers débats, exhale souvent le secret de ses sentiments dominants. Ernest avait pu se reprocher, lui, sa déposition incomplète, devant les magistrats. Mais la tante, dans sa rancune contre la seconde épouse du docteur, sous prétexte d’une vague ressemblance, ne trouvait rien de mieux que d’identifier le coupable supposé avec le frère de celle qui l’avait expulsée !
Quelle créance apporter à ces dangereuses imaginations de monomane ? La jeune fille s’interdit d’en écouter davantage.
— Vous devez être fatiguée, dit-elle. Je vais appeler votre sœur.
Avec la divination suraiguë que donne l’approche de l’heure, Philo sembla percevoir les réflexions de la jeune fille. La main squelettique saisit le poignet mince.
— Adieu ! Va-t’en ! Pardonne comme dans le Pater Noster ! Mais va, oh ! va prévenir le docteur Davier, sans faute ! Je veux le voir ! Promets d’y aller.
Une seconde d’hésitation, puis Raymonde balbutia :
— J’irai… Et je vous pardonne, au nom de mon père comme au mien !
… Une terreur superstitieuse la précipita hors de la maison maudite. Elle s’enfuit par la vaste avenue et le dédale des rues voisines, guidée par l’instinct qui oriente l’oiseau sur le chemin du retour.
Dans l’obscurité naissante, Notre-Dame érigea son vaste vaisseau. La jeune fille se jeta dans l’église et, agenouillée, enveloppée de la douce pénombre de la nef, essaya de se recueillir, de se ressaisir, de coordonner ses idées emmêlées.