Brisée, mais un peu apaisée, Raymonde quitta l’église et se dirigea vers la rue de Satory, afin de remplir la promesse faite à la mourante.

Mais le docteur, parti pour Paris où il dînerait, ne devait rentrer que tard. La jeune fille ne put songer à confier verbalement au domestique ni à expliquer sur une carte à découvert, la requête d’une femme détestée de Mme Davier. Elle reprit le chemin de la gare où l’appelait l’heure.

Là elle acheta une carte-lettre, et sous la lampe de la salle d’attente, griffonna ces lignes, qu’elle jeta ensuite dans la boîte de la station.

« Philo vous réclame instamment pour vous dire… les mêmes choses qui m’ont bouleversée ! Mon père serait innocent du délit dont il fut accusé à la légère !

« Je n’en ai jamais douté. Mais eût-on pu fournir la preuve, en temps voulu, pour le décharger de ce poids honteux ? Voilà la question qui m’affole !

« A vous, à Évelyne, mes constantes pensées.

« Raymonde. »

VIII

A l’heure même où Raymonde Airvault, fiévreuse et accablée, s’embarquait pour Saint-Germain-en-Laye, son nom remplissait un grave colloque dans le cabinet de l’éditeur Clozel.

Entre les affaires urgentes qui, cette fin de jour, appelaient le docteur Davier à Paris, il n’en était point de plus importante ni d’aussi épineuse que cette entrevue avec le père de Valentin.

M. Clozel lui ayant demandé la faveur d’un entretien particulier, le médecin, aisément, devina l’objet de la conversation désirée. Mais préférant que le conciliabule eût lieu ailleurs que chez lui, il répondit que, devant se rendre dans la capitale pour différentes démarches, il irait lui-même trouver l’éditeur, boulevard Saint-Michel, avant la fermeture des bureaux.

M. Clozel, quand le visiteur honoré se présenta, se répandit naturellement en effusions reconnaissantes. Il était extrêmement confus de ce que le docteur se fût dérangé pour lui rendre service. Mais M. Davier excuserait deux pauvres parents, mortellement inquiets, qui voyaient leur dernier fils, empoigné par la passion, décidé à tout braver, à tout risquer…

— Représentez-vous notre angoisse. Nous ne connaissons pas cette jeune fille. Elle mérite peut-être les éloges exaltés que lui décerne Valentin. Mais l’amour rend aveugle ! Peut-être aussi n’est-elle qu’une créature habile, flirteuse, artificieuse et intrigante… adroite à dresser ses pièges ?