Elle dit, après une pause, avec embarras :
— Je regrette, étant donné vos préoccupations, d’avoir consenti à recevoir Stany à dîner, ce soir.
Elle ajouta, de plus en plus gênée, et baissant son front humilié :
— Il doit partir demain pour le Midi… ayant encore changé de situation. Je me propose de le gronder à ce propos. Il n’est plus d’âge à se montrer ainsi versatile ! Mais je vais lui téléphoner de venir plus tôt. Je le renverrai les adieux échangés.
Davier demeurait silencieux, les yeux détournés. Fulvie se dirigea vers la porte. Elle s’entendit rappeler d’une voix affermie et nette. Son mari se levait et disait :
— Ne changez rien ! Laissez venir votre frère. Je vous prierai même d’accepter un convive de plus. M. Clozel devait me visiter aujourd’hui. Je vais l’inviter à se joindre à nous.
X
Le soir venu, Mme Davier fut, à bon droit, stupéfaite de voir, très maître de lui, presque en belle humeur, l’homme surpris, le matin, dans la prostration, voûté sous un faix — invisible, mais accablant.
Avenant, libre et dispos — tout au moins d’apparence — le docteur semblait uniquement occupé de rendre sa maison agréable à ses hôtes, dont il avait augmenté le nombre en recrutant Me Bénary. La présence de l’avocat stimulait particulièrement sa verve.
Bénary, jadis fourchette réputée — épaissi et un tantinet congestionné en ces dernières années — dosait maintenant nourriture et boisson avec une circonspection peureuse. Et le médecin l’en taquinait :