— Je vous en fournirai un tout à l’heure, dont on peut tirer un effet sensationnel, dit Louis Davier qui, depuis un instant, écoutait son beau-frère. Hé oui ! je suis homme d’imagination encore plus que de science !… Demandez à Me Bénary.

— C’est vrai, dit l’avocat ! J’ai souvenance de certains petits vers satiriques… Mais avec votre goût très classique, je ne vous vois pas du tout inspirant un scénario de cinéma !

Là-dessus, il partit dans une charge à fond de train contre le ciné, genre inférieur à la pantomime, à la lanterne magique, etc. Mais le docteur, railleur, l’interrompit.

— Mon cher, prenez-y garde ! Ne pas suivre son temps, c’est avérer son âge, consentir à vieillir, rester en arrière avec les infirmes ! Plus éclectique que vous, j’accepte avec curiosité ce mode nouveau d’expression scénique, qui peut fournir des moyens d’instruction et de documentation extrêmement variés et féconds. Les drames, enregistrés par le film, ressusciteront le bon mélo, éducateur des masses populaires, qui vont toujours du côté généreux et possèdent un sens de l’équité que je souhaiterais…

— Aux magistrats ! Impertinent !

— Et à tous les gens de chicane ! acheva en riant le médecin, se levant pour passer au salon avec ses invités.

Le café, les liqueurs, les cigares distribués, Mme Davier s’éclipsa quelques minutes pour courir au chevet de Loys. Quand elle revint, le sujet cinéma n’était pas encore épuisé. La jeune femme prit une broderie et s’assit près de M. Clozel.

Le docteur, assis au centre du groupe, près d’un guéridon, écrasa le bout de son havane dans un cendrier.

— J’attendais votre retour, ma chère amie, pour vous exposer le thème de mon drame cinématographique. Comme tout causeur mondain, j’appréhende de voir couper mes effets. Aussi je réclame l’attention générale ! Cela s’appellerait le Voile Déchiré !

— De quel voile s’agit-il ? fit Bénary. Serait-ce le Voile du Temple ?