— Premier parti à considérer : rouvrir le procès ? Mais n’est-ce pas simplement raviver et étendre un scandale que la guerre fit oublier et dont bien peu de gens, à Versailles même, se souviennent encore ?

Mme Davier frémit et serra ses bras pour réprimer le gémissement qui soulevait son sein.

Qui donc, hélas ! avait relevé, des cendres du passé, l’affaire Airvault pour la porter à la connaissance de Mme Clozel, avec une malignité diabolique ?

Et le jet de vitriol, destiné à une autre, se retournait vers celle qui le lançait pour lui corroder la face !

— Sans doute, continuait l’avocat, les divulgations des débats publics établiraient de façon irréfutable l’innocence d’Airvault, allégeant ainsi le chagrin qui pèse sur sa veuve, déblayant les obstacles qui peuvent obstruer l’avenir de sa jeune fille. En droit, cette satisfaction légitime devrait leur être accordée.

— A vos ordres, murmura le docteur, s’inclinant. Ce qui doit être fait sera fait.

Il sembla qu’un vent glacé pénétrait la pièce et transissait les cœurs. Stany, effondré, fixait le mur avec hébétude, comme s’il y voyait s’inscrire le fatidique Mane.

Me Bénary reprenait :

— Pour moi, je ne pense pas qu’il soit sage d’entamer une nouvelle action judiciaire. Le vol était peu important comme valeur intrinsèque. Aucune plainte ne fut déposée. Rappeler ces événements déjà anciens, n’est-ce pas agir hors de propos, et exciter un remous de curiosités malsaines et malveillantes ? Le public ne ménagera pas davantage les victimes que les… comparses du drame, car peu de gens sont aptes à comprendre ces subtilités psychologiques.

M. Clozel fit un mouvement. Mais l’avocat se hâtait de poursuivre, allant jusqu’au bout de ses déductions, avec un effort qui contractait son bon visage et mouillait sa voix :