— Parler avec un tel flegme de ces choses infamantes ! Abject ! Abject ! Tu ne mérites ni ménagements ni pitié. Mais la corde ! Oui, la mort des truands ! Ainsi décréterait notre aïeul, Bernard le Ligueur ! Être pleutre et abâtardi, que faire de toi ?… Ah ! ma faiblesse ! Mon indulgence trop grandes ! Remords !… Et à cause de toi, Loys !… Évelyne même !…
Sa voix s’étrangla. Elle se tordit les bras convulsivement. Stany, atterré par cette explosion, jetait de côté et d’autre des regards de détresse. Quelque chose d’indistinct encore s’agitait en lui devant le désespoir de sa sœur. Il essaya une défense, avec un effort de sincérité.
— Je ne croyais pas que cette bêtise dût avoir une pareille répercussion… J’en ai regret… Je n’ai jamais été pris au sérieux… et je n’ai moi-même rien pris sérieusement !… Tu me traites d’abâtardi… Je te donne raison… Je ne sens point en moi le courage des grandes folies, que tu admirais chez les ancêtres… et par contre, je dois étouffer, très souvent, des fantaisies… qui ne viennent pas à l’esprit de tout le monde… Ce n’est pas ma faute… Je suis fait ainsi.
— Voulez-vous nous faire entendre que vous n’êtes pas toujours maître de vos impulsions ? dit l’avocat.
— Qu’on l’entende comme on le voudra ! répliqua Stany, avec l’ironique et sombre philosophie d’un homme qui jette le manche après la cognée. En style juridique, vous pouvez même déclarer que l’accusé se retranche dans un système de défense concluant à la responsabilité limitée. Pensez et dites ce qu’il vous plaira… Je suis devant vous maintenant comme un lépreux qui étale ses chancres… Eh bien ! oui, je me crois réellement un raté, un anormal. Souvent, j’ai eu l’impression de différer des autres. J’avais grand plaisir à mentir, quand j’étais enfant. Je volais mes petits compagnons. A l’âge d’homme, ces tentations-là m’ont repris parfois… Je n’y ai pas toujours succombé !
Ses paroles, rêches ou sifflantes, ne pouvaient lui concilier la sympathie, mais dénonçaient une sinistre et lamentable infériorité physiologique et mentale. Ceux qui l’entendaient en éprouvèrent la gêne qui désarme le ressentiment et mène à la miséricorde envers les déchus et les disgraciés.
Le bâtonnier murmura, après une courte pause, en consultant de l’œil le docteur Davier :
— Tout étant connu maintenant, comment concluons-nous ?
— Je ne me reconnais pas le droit d’un avis, répondit froidement le médecin. On ne saurait être juge et partie. Soyez arbitres, vous et M. Clozel, selon l’inspiration de votre sens droit et de votre équité.
Me Bénary réfléchit à haute voix :