Et les blasphèmes ne sont qu’une variante de la délicieuse affirmation, exprimée dans ces lettres, lues et relues : « Je vous aime ! »
Est-il possible que ce soit l’enfant d’autrefois, abreuvée d’humiliations et d’amertumes, qui se voie ainsi désirée, aimée, et pour qui se prépare un nid doux et chaud où maman sera abritée paisiblement, enfin !
« O père, puisses-tu être témoin de ces prodiges ! Et que soit bénie la chère famille qui nous adopte toutes deux ! »
Délicatement — comme ils font toutes choses — M. et Mme Clozel ont laissé comprendre à Raymonde Airvault que le docteur Davier, en les mettant au fait de la malheureuse erreur d’autrefois, leur a communiqué son estime et sa sympathie pour le calomnié ! Et la mère de Valentin, en attirant contre elle la fiancée de son fils, ajoutait affectueusement :
— Ma chère petite, ne restons pas captifs du passé. Marchons vers l’avenir éternel en essayant de rendre le présent généreux et fécond, riche de bonheur par la bonté et par l’amour.
Et Raymonde a pénétré le sens implicite de ce conseil élevé. Sursum corda ! Elle a chassé de sa mémoire le souvenir terrible de l’angoisse qui lui chavira l’âme, un soir, quand elle courait du lit où expirait Philomène Pradin au logis de son tuteur et qu’elle griffonnait, à la gare, un billet désordonné qui décelait le soupçon poignant.
Lorsqu’elle se représente la longue suite des bienfaits reçus, Raymonde repousse, avec une horreur de sa rapide ingratitude, le doute qui la tortura, ce funèbre soir.
Elle a appris, d’aventure, le départ de Stanislas de Lancreau pour l’Afrique. Y a-t-il corrélation entre cet événement et les aveux in extremis de Philo ? La jeune fille s’interdit de le chercher. Ce qu’elle souhaite, par-dessus tout et avant tout, c’est de garder sa mère en quiétude. Ce qu’elle veut retenir en elle-même, c’est le sentiment de reconnaissance envers le protecteur qui lui valut l’accueil chaleureux de sa future famille.
Combien la vie sera bonne entre ces gens simples, charitables, excellents ! En y songeant, Raymonde s’émeut à tel point qu’elle doit écarter bien vite l’étoffe fragile où risque de tomber une tache d’eau.
La trépidation d’un moteur, devant la maison, effarouche les jolis rêves. Qui arrive ?…