C’est jeudi. Les élèves sont allées se promener sur la terrasse du Château, conduites par Mlle Duluc et la seconde maîtresse. Raymonde doit recevoir les visiteurs. Curieuse, la jeune fille glisse un coup d’œil entre les rideaux et reconnaît la limousine grise de son tuteur. Promptement, elle enlève son tablier de satinette et se précipite dans l’escalier.
Mais, au lieu de la sombre silhouette masculine, elle entrevoit, dans le vestibule, une forme gracile et longue sous un manteau gris clair, une toque de loutre, un halo de cheveux dorés ! Évelyne !
Involontairement, Raymonde s’arrête et sa main pèse sur la rampe.
Hélas ! Évelyne ! Pourquoi faut-il que ce nom tendre provoque un pincement au cœur !
Anxiété inavouable ! Le choix inattendu de Valentin n’a-t-il point froissé quelque chose dans l’âme suave, fraternellement amie ? Cette appréhension, qui n’a pu s’élucider, jette toujours sa brume dans la félicité de Raymonde. Et c’est avec un transissement intime que la jeune fille aborde Mlle Davier.
— Chérie ! L’aimable surprise ! Tu es seule ?
— Oui. Papa m’a prêté l’auto pour trois heures. Alors je suis accourue vers toi. Il y a si longtemps que nous n’avons bavardé. Quelle chance que tu sois restée cette après-midi. D’ailleurs, je comptais te poursuivre !
Les deux jeunes filles s’embrassent avec effusion et pénètrent dans le salon vide, les bras enlacés.
— Quelles nouvelles nouvelles, Rara ? J’en suis affamée, étant privée de toi depuis un mois et demi ! Je me suis trouvée très lasse, après ma grippe. Ensuite Loys m’a accaparée.
— Comment va-t-il, le cher mignon ?