— Mais toujours Stany arrive à point… pour réjouir les yeux de sa sœur ! appuya Mme Davier, étreignant la main molle, onctueuse comme celle d’un prélat, aux ongles travaillés par une manucure experte. Eh ! mais, dis-moi un peu, Lauzun, pourquoi tu t’es versé un flacon de teinture sur le crâne, afin d’accentuer ta blondeur naturelle ?

— Oxygène ? Henné ? Camomille ! piailla le cercle hilarant, autour duquel le beau jeune homme distribuait sourires et gentillesses.

Très sérieux, avec une charmante conviction et des yeux candides, il répliquait :

— Mais oui ! je me suis laissé teindre ! C’était de toute nécessité ! Dans la saynète que je viens de jouer chez Lenda, on me dit : Blond comme le perfide Eros aux cheveux couleur de paille !

— Bravo ! bravo ! voici de la conscience professionnelle, se récria Mme O., pâmée de rire. Parlez-nous de Lenda ?

— Blond comme le perfide Eros ! ah ! que cela lui convient bien ! approuva Mme Y., frappant Stany de son éventail d’ivoire. Allons, joli dameret, venez un peu ici me raconter vos prouesses ! Où en est votre projet de journal artistique ?

Stany tira un gémissement du plus profond de sa cage thoracique.

— Il est encore aux limbes, madame ! A moins que Pluton ne veuille le délivrer en lui apportant un gros sac d’or !

V

Stany était spécialement antipathique au docteur. L’homme de travail et de raison ne pouvait admettre facilement les façons de faire et l’existence déséquilibrée d’un paresseux, d’un raté à la cervelle légère. Il s’étonnait, à part soi, que, rigoureuse en ses jugements à certains égards, la sœur de Stany montrât une indulgence complaisante aux folies du jeune muguet, rétif à tout conseil de sagesse.