Naturellement, l’amoureux médecin ne déchiffra point l’arrière-fond mental de la déesse. Elle se laissait aimer avec une condescendance qu’il voulut appeler délicate et ombrageuse fierté.
La joie, l’orgueil de posséder un fils, achevèrent d’asservir l’époux. L’heureuse mère du délicieux Loys prit sans peine l’autorité souveraine, et gouverna tout autour d’elle avec une froide et indolente dignité.
Parfois seulement un malaise indéfinissable assombrissait Davier. Il évitait de le préciser, ce malaise. Car alors, il eût dû constater tout ce qui manquait à ses vœux ! Abandon des cœurs, fusion des âmes, vie familiale plus étroite et plus chaleureuse.
Et c’était surtout en considérant sa douce Évelyne — timide et contrainte devant une Petite-Mère, pourtant impeccable — que le père sentait, au côté gauche, une piqûre intense et profonde.
… Cinq petits doigts, tendrement, effleurèrent son cou. Évelyne se tenait derrière sa chaise. Sans doute, la partie de grâces était finie et l’enfant, en tapinois, revenait se blottir près du père adoré, qui, sans se retourner, d’un frôlement de la nuque, répondait à la caresse.
Mme Y. tout à coup jeta un cri coquet de naïade effarouchée.
— Qu’est-ce que je vois ? Quand on parle du soleil… on n’évoque pas toujours Louis XIV… mais Stany de Lancreau apparaît… Bonjour, jeune prince ! Bonjour !
Elle clamait sa satisfaction, bruyamment, agitant son ombrelle pour activer la marche du jeune homme qui s’avançait, d’un pas nonchalant et glissé, la tête inclinée sur l’épaule gauche, onduleux comme un roseau que balance le zéphir.
En approchant, il enleva son feutre gris, artistement cabossé, et découvrit de longues mèches, d’une dorure artificielle.
— Nous parlions de vous justement. Vous arrivez à point ! s’écriait Mme Z.