— Oh ! que M. Bénary est aimable ! déclara Évelyne avec élan. Je me suis tant amusée ! Je voudrais voguer longtemps, longtemps, très loin !
— A ton âge, enfant, dit le père, j’ambitionnais d’être marin ! Maintenant, mes vœux se bornent à un voyage en Égypte ! Mais quand réaliser ce rêve ?
La jeune femme, ses coudes nus sur la nappe, les mains jointes sous le menton, les yeux dans le vague, murmura en mineur :
— Chacun fait des rêves. Et les plus chers ne se réalisent jamais !
Cette réflexion traduisait un si profond désenchantement que le mari courba la tête.
Alors tout ce qu’il tentait pour faire du bonheur serait donc vain ?
Mais le valet reparaissait, tournant autour des convives pour le service. La conversation se traîna, dès lors, sur des questions terre à terre.
Le dîner achevé, tous trois revinrent au petit salon. C’était l’instant désiré par le chef de famille que sa profession retenait hors du foyer, la plus grande partie du jour ; l’heure trop courte où il jouissait de la réunion.
Évelyne alla s’asseoir au piano pour sa demi-heure d’exercices journaliers. Mme Davier, étendue sur une bergère trianon, ouvrit une revue, en levant les sourcils avec une expression de martyre résignée, tandis que l’enfant exécutait consciencieusement gammes et arpèges.
Le médecin finit par remarquer la contraction des traits et l’abaissement des commissures de la bouche, trahissant un malaise.