— Qu’avez-vous, chère amie ? demanda-t-il avec sollicitude. Votre névralgie ? Je vais vous chercher un comprimé d’aspirine.

— Ne prenez pas cette peine ! Je sais dominer le mal !

— Peut-être le bruit vous gêne-t-il ? Évelyne peut interrompre ou cesser son tapotage.

Fulvie laissa tomber la revue sur ses genoux.

— Oh ! avoua-t-elle languissamment, ce n’est pas seulement ce soir que ces études insipides — dont les accrocs se répètent avec une persistance agaçante — me crispent les nerfs.

— Ferme ton piano, Évelyne ! dit à demi-voix M. Davier.

La fillette, consternée, essayait de s’excuser :

— Oh ! petite mère, si je suis maladroite, ce n’est pas ma faute ! Je m’applique de mon mieux !

— Je veux le croire ! dit Fulvie très doucement. Mais, sans doute, suis-je impropre à enseigner. Je me déclare incapable de surveiller plus longtemps votre travail. Vous tenez si peu compte de mes observations ! Une répétitrice étrangère sera mieux écoutée. Et pour que vous travailliez à l’aise, je demande que le piano soit transporté ailleurs… ou alors, je serai obligée de me retirer dans ma chambre.

Les pleurs de l’enfant débordaient en silence. Évelyne étendit la bande de soie brodée sur le clavier et rabattit, sans bruit, le couvercle de l’instrument. D’un geste furtif, elle essuya ses yeux et s’approchant des deux époux, bredouilla :