— Je vais monter ! J’ai beaucoup de leçons à apprendre, et une carte à faire. Bonsoir, petite mère ! Bonsoir, papa !
Mme Davier frôla de ses lèvres fermées le front satiné où retombaient des boucles folles. Le docteur y appuya deux lents baisers où il crut aspirer la petite âme, effarouchée et tendre.
La fillette sortie, le cœur du père s’alourdit, ainsi qu’un objet qui s’immerge et coule.
Davier avait jugé prudent de se taire durant le bref colloque et de garder la neutralité, pressentant que son intervention empirerait les choses. Il lui était impossible de prendre parti sans chagriner l’enfant, ou froisser sa femme. Ce qu’il entrevoyait de plus net, c’est que les quelques instants où il jouissait de la réunion de famille seraient abrégés. En même temps, il entrevoyait, pour les jours à venir, de si grandes menaces d’orage, annoncées par des symptômes antérieurs, qu’il s’interdit, atterré, de regarder plus avant.
Un silence régna. Fulvie replia sa revue, la déposa sur le guéridon voisin, puis s’allongea dans sa bergère, placée devant la fenêtre. Les yeux grands ouverts, en face de la perspective aimable du jardin de la Quintinie, la jeune femme, évidemment, ne voyait rien des plaisantes beautés du Potager du Roi. Ses prunelles de sombre métal demeuraient fixes et ternes, comme il arrive quand l’attention se résorbe pour un examen intérieur, profond et attristant.
Devant cet affaissement presque morbide, le docteur s’alarma :
— Vous ne semblez pas dans votre état normal ? Souffrez-vous ? Je puis essayer de vous soulager.
Fulvie tourna lentement la tête sur le dossier de satin fleuri.
— Je vous remercie ! Mais le mal dont je souffre est plutôt moral.
Les yeux des deux époux se joignirent. Davier murmura avec une sourde angoisse :