VII

Le grincement et les sonneries des tramways, les roulements des voitures, les cris et les murmures de la rue montaient autour des murailles épaisses, pénétraient par les fenêtres grillées. Le prisonnier, assis sur sa couchette, le front dans ses mains, percevait, avec accablement, ces rumeurs de vie et de liberté qui lui faisaient mieux sentir la rigueur de la claustration.

Sa pensée errait seule, anxieusement, cherchant au logis la femme et l’enfant aimées, dont il devait rester séparé.

Qu’advenait-il de toutes deux ? Quand lui serait-il donné de les revoir ?

Madeleine ne pouvait quitter la chambre, et il ne voulait pas que leur fille le visitât dans l’affreux asile. Tout son être se révulsait à imaginer cette pureté, cette fraîcheur exposées à cet air flétrissant.

Tandis qu’il se tenait dans les ténèbres volontaires, les yeux fermés, Airvault croyait apercevoir, auréolées de lumière, la mère et la fille enlacées, le regardant avec pitié et amour.

Le bruit vulgaire d’un sonore ronflement interrompit l’évocation. Raymond tressaillit de dégoût.

La prison regorgeait, à cette époque. Et pour achever sa profonde misère, Airvault devait partager sa cellule avec un braconnier, brute et fourbe, accusé d’avoir mis le feu à une maisonnette de garde.

L’homme dormait d’un geste bestial, la bouche, largement ouverte, trouant le collier de barbe broussailleux. Le jeune architecte, écœuré, alla vers la fenêtre, et regarda avidement le carré de ciel bleu, à travers la grille. Mais la vue de ces barres de fer le bouleversa. Il heurta son front de ses poings fermés, en criant :

— Qui m’eût dit que jamais… Oh ! j’en deviendrai fou !