— Hélas ! soupira Airvault, que ne reste-t-on toujours enfants ! Ah ! docteur, tout ce que je viens de subir ! Et retrouver ma chère femme si changée, si livide, avec ces roses factices aux pommettes ! Et cela en dépit des soins que vous lui avez prodigués ! Que de grâces je vous dois ! Je ne sais pas par où commencer ! C’est votre témoignage, le juge me l’a dit, qui a fait enfin pencher la balance du côté de la vérité.
— Ne parlons plus de cela, fit le médecin, mettant en ordre, machinalement, quelques papiers. Revenons à votre malade. Oui, elle m’inquiète, je ne vous le cache pas… Elle est encore guérissable… Mais… cette guérison s’accélérerait dans certaines conditions d’hygiène, de climat, etc…
— Que je ne puis lui procurer ! achevait Airvault avec découragement.
… Dans le jardinet, les deux fillettes erraient autour de la volière et du bassin, en échangeant ces mille puérilités délicieuses qui rapprochent les âmes jeunes et les esprits innocents.
Évelyne adorait les bestioles de toutes espèces. Elle-même, autant que possible, soignait ses petits pensionnaires : les deux couples de poulettes blanches, et les ménages des pigeonniers. A cette heure tardive, les pigeons étaient rentrés dans leurs alcôves et mesdames poules dormaient, roulées en boule sur leurs perchoirs — semblables à des houppes à poudre de riz, définissait Évelyne.
Mais au seuil de la cuisine, madame Sans-Gêne, une belle chatte tigrée, jouait avec ses minets. Évelyne posa l’un d’eux en cravate, sur son cou.
— Quelle jolie fourrure ! n’est-ce pas ? Ne dirait-on pas du velours gris ? Et jamais ces chers petits ne font sentir leurs griffes ! Seulement, je ne puis parvenir à les empêcher de croquer les moineaux ! Voilà ce qui me désole ! Aimez-vous les oiseaux, Raymonde ?
— Oui, nous avons un petit chardonneret dans une cage. Il est très bien apprivoisé. Pendant les repas, il sort et vient sur mon épaule me tirer les cheveux !
— Oh ! que c’est mignon ! Mais s’il s’échappait ?
— Je fais attention de fermer la fenêtre… Cependant…