Raymonde plissa un pan de sa jupe et murmura, en baissant la tête :

— Ces derniers temps, j’ai pensé… que c’était bien méchant, bien tyrannique de retenir en cage un petit être que le bon Dieu créa pour voler. J’ai eu l’idée de rendre la liberté à Très-Petit. Mais Philomène m’en a empêchée. Elle m’a dit que mon oiseau ne saurait pas trouver sa nourriture, et qu’il serait sûrement mangé par les éperviers.

Au nom de Philomène, Évelyne retint une exclamation. Ses grands yeux bleus s’ouvrirent largement, et très bas, la fille du docteur demanda à sa petite compagne :

— Philomène, n’est-ce point ma Philomène à moi, Raymonde ?

— Oui ! Nous causons bien souvent de vous ensemble ! Elle vous aime tant !

— Tu lui diras, oh ! tu lui diras que moi, je l’aime toujours, quoiqu’il me soit défendu de lui parler ! dit Évelyne, sans s’apercevoir du tu échappé à son émotion. Et je ne l’oublierai jamais… Tu lui diras tout ça ?

La porte du cabinet s’ouvrait, laissant passer le médecin et son visiteur. Évelyne, cédant à son élan affectueux, saisit aux épaules la fille aux yeux noirs, et les deux enfants s’embrassèrent avec effusion :

— Au revoir, Raymonde. Nous ne sommes plus seulement camarades, mais amies, bien amies !

XI

Une lumière plombée tombait du ciel de juillet. Les terrassiers qui creusaient les fondations d’une bâtisse, dans le quartier de Porchefontaine, s’arrêtaient fréquemment pour prendre une lampée à la gourde, et étancher leurs fronts d’où découlait la sueur.