— Oh ! pourquoi ! pourquoi te fait-on cette peine ?

A la hâte, de son petit mouchoir en boule, Évelyne épongeait ses larmes :

— Il le faut ! Papa me l’a fait bien comprendre ! Une jeune fille — ou un garçon — doivent quitter la maison, un jour ou l’autre, pour les exigences de leur éducation. Et ma santé se trouvera mieux d’une vie plus réglée, plus tranquille, au milieu d’autres enfants. Je comprends très bien cela, et je sais que papa prend beaucoup sur lui pour se faire une raison. Et puis, la directrice de l’institution est une très bonne demoiselle ; elle a été professeur de maman — ma vraie maman, tu entends bien ! Je m’habituerai. C’est le début qui me coûtera beaucoup. Mais papa viendra me voir très souvent. Il va même acheter une auto.

« Papa ne pouvait jamais avoir tort ! Tout ce qu’il décidait était juste. » Voilà ce qui ressortait de ces paroles désordonnées où s’exprimaient pêle-mêle la douleur, la résignation, l’amour confiant, le ferme propos de marcher avec vaillance dans le chemin assigné.

Raymonde, indécise entre la pitié, la sympathie, une indéfinissable admiration, demeurait stupéfiée, les prunelles fixes et ternes.

— Et toi, amie, demanda inopinément Évelyne, où iras-tu à la rentrée ?

La petite Airvault ferma les yeux comme pour éviter de voir l’angoissant point d’interrogation, dont elle se détournait peureusement. Mais à son amie elle devait sa pensée, — confidence pour confidence — et elle balbutia, blême et farouche, les dents serrées :

— Je ne veux pas retourner en pension à Versailles !…

Évelyne lui saisit les deux bras.

— Eh bien ! demande à tes parents de te mettre à Saint-Germain ! Nous serons ensemble ! Quel bonheur, dis !