Bientôt après, elle entendit les cris, les rires, les appels, sortant de l’enclos de feuillage. Par intervalles, elle entrevoyait les silhouettes graciles, bondissantes comme des faons poursuivis.

— Pour une heure, ma chérie pourra donc être enfant à l’aise. Décidément, tout ce que nous avons trouvé de secours, dans notre malheur, nous vient du docteur Davier. Sa fille est bonne comme lui-même. Que le ciel les bénisse !

Raymonde revint exubérante et gaie, grisée de rires, ne tarissant pas sur les plaisirs de la charmante récréation. Presque journellement, ces rencontres se reproduisirent. Mme Davier et sa société ayant pris pour quartier général le Parterre de Latone, Évelyne et ses compagnons, sous la garde indulgente de la bonne des jeunes Desroches, descendaient subrepticement l’Allée d’Eau pour rejoindre la petite amie. Raymonde devint la camarade choyée, sans laquelle ne peut s’organiser la moindre partie.

Une après-midi, Évelyne apparut toute pâle, ses tendres yeux violacés et gonflés. Laissant les petits Desroches s’amuser aux quatre coins, elle attira Raymonde dans l’allée parallèle.

— Il faut que je te parle. J’ai beaucoup de chagrin. Oui ! le mois d’août va s’achever. Nous allons passer septembre près de Biarritz. Alors, je ne te verrai plus !

— Je serai triste en ton absence, Lynette. Mais contente pour toi, car tu vas faire un beau voyage… que tu me raconteras après…

Évelyne secoua la tête d’un air si triste que la petite Airvault s’effraya.

— Dis-moi tout ce qui t’afflige, je t’en prie !

— Eh bien !… après, je ne sais pas si nous nous retrouverons ! Pense donc ! Je ne vais pas rentrer à Versailles ! On va me mettre en pension… à Saint-Germain-en-Laye.

Les pleurs, contre lesquels elle luttait, s’échappèrent. Consternée, Raymonde gémit :