Et elle se replongea dans son livre d’étude : une petite mythologie, qu’elle aimait parce qu’elle y trouvait l’histoire des déesses qui ornaient le grand jardin, et qui attiraient ou repoussaient son affection comme l’eussent fait des personnes vivantes.
Tristement, la mère songeait :
— Que fera-t-on de la pauvre mignonne à la rentrée des classes ? En quelle institution la placer pour lui épargner les froissements que son petit cœur ressent avec tant de vivacité ?
Il arriva qu’Évelyne Davier descendit, un jour, l’allée des Marmousets avec des compagnons de jeux. La fille du docteur aperçut les deux femmes, assises près de la Fontaine du Dragon, et, son aimable visage illuminé de plaisir cordial, elle accourut vers Raymonde.
— Que je suis contente de vous retrouver ! Et vous allez mieux, madame ? Votre fille doit en être bien heureuse ! Je suis peut-être indiscrète… Voulez-vous bien qu’elle vienne jouer un peu au loup-caché avec nous, là, tout à côté, dans le Bosquet du Triomphe ?
Madeleine surprit l’élan qui soulevait inconsciemment Raymonde vers la charmante tentatrice, et le sourire de sympathie qui rayonnait de l’une à l’autre.
— Vous êtes trop gracieuse pour vous refuser, mademoiselle. Et c’est bien volontiers que je verrai ma fille jouer avec vous. Ne te tourmente pas, mon petit, si je reste seule un instant. Je n’ai besoin de rien.
Évelyne prit Raymonde par la main, et toute rose de satisfaction :
— Combien je vous remercie, madame ! Et puis, ajouta-t-elle gravement, soyez tranquille ! Nous jouons avec des petits. Il y a ce garçon, Charlot Desroches, qui a onze ans, c’est vrai, mais il est plus pacifique que moi ! Alors !…
A travers cette simplicité enfantine, se faisait jour un naïf instinct de protection. Évelyne jeta son bras fluet autour des épaules de Raymonde. Et Madeleine émue les vit monter l’allée, les deux têtes rapprochées mélangeant les boucles de la toison brune et la soie effilochée des longues mèches blondes.