Mais une mince épaule s’offrait comme appui à sa main tâtonnante.
Raymonde, chargée d’un grand sac à ouvrage, cheminait, droite et vaillante, près de sa mère — telle qu’un petit lionceau, prêt à mordre quiconque approcherait. Ainsi péniblement atteignaient-elles la grille du parc.
Vite, la fillette cherchait deux chaises, dans un coin abrité du Parterre de Neptune, installait sa chère maman, lui couvrait les épaules d’un châle ; puis l’enfant s’asseyait, tirait son travail des profondeurs du sac, et son gai bavardage entourait la malade d’une musique d’amour.
Parfois, Madeleine lasse, semblait somnoler, les yeux mi-clos. Mais, le plus souvent, en ces instants de paix, elle priait en son cœur, sollicitant de Dieu vigueur et courage, afin de protéger au lieu d’être protégée, de donner d’elle-même plutôt que de recevoir.
En entendant les cris des enfants qui se poursuivaient, la mère songeait tristement à la chérie, immobile près d’elle comme une grande personne sage, et dont les douze ans avaient besoin de jeux. Mais elle comprenait pourquoi Raymonde, susceptible et fière, ne recherchait aucune compagne.
Un jour, une fillette étrangère vint vers l’enfant :
— Nous avons besoin d’une troisième pour sauter à la grande corde. Si ça peut vous faire plaisir de venir avec nous ?
Oh ! l’illumination subite des prunelles noires, trahissant l’intime convoitise !
Mais, de l’autre côté de l’allée, Raymonde aperçut la petite fille, nantie de la prestigieuse corde — l’une des méchantes qui, à la pension, l’avaient insultée de leurs ricanements ! Sa figure se glaça.
— Je vous remercie beaucoup ! dit-elle poliment à l’obligeante inviteuse. Mais j’ai mal au pied. Je ne joue pas !