Il eut la chance de trouver celui dont il souhaitait le conseil.
Le docteur le reçut dans son cabinet de consultation. Le jeune architecte s’excusa de son importunité. M. Davier s’était montré — non seulement le médecin — mais l’ami bienveillant, le soutien moral de la famille éprouvée. Il serait apte plus que tout autre à juger les complications présentes — qui d’ailleurs mettaient en jeu l’intérêt de la malade.
Encouragé, Raymond exposa alors l’offre transmise par M. Menou et ne cacha pas la séduction qu’elle exerçait sur son esprit. Ah ! quel soulagement, s’il pouvait mettre de la distance et du temps entre lui et l’ambiance actuelle ! Respirer à l’aise ! Lever enfin la tête comme son honneur intact lui en donnait le droit !
Ses souffrances, ses aspirations, ses anxiétés, se déversaient en tumulte devant l’auditeur sympathique. Le médecin, pensif, écoutait avec une visible émotion. Quand Raymond se tut, Davier murmura :
— Il est toujours délicat et difficile de se substituer à autrui pour examiner ce qui lui convient ou non. Cependant, j’ai beau tourner et retourner la question, je crois, de bonne foi, qu’en tout temps elle eût mérité sérieux examen. Dans un pays plus neuf que le nôtre, vous serez moins étouffé qu’ici. Vous y trouverez des chances plus nombreuses d’élargir votre carrière — et, en premier lieu, l’apaisement qui vous est si nécessaire, à cette heure.
— Ah ! puissiez-vous dire vrai ! s’écria Raymond, acceptant avec ardeur l’approbation qui encourageait ses espérances. Mais Madeleine ? Madeleine, que dira-t-elle ? Se résignera-t-elle, sans trop de déchirement, à mon éloignement momentané ?
— Votre femme est sensée autant que sensible ! déclara posément le docteur. Et là, j’interviendrai pour la persuader — en lui dévoilant la vérité sur son état. Ne craignez rien ! L’argent qui vous sera versé bientôt permettra enfin de réaliser ce qui s’impose : un séjour de quelques mois dans un sanatorium de montagnes. Alors le mal sera enrayé. Et elle rejoindra son mari et reprendra la vie familiale, sans craindre de contaminer son enfant.
— Oh ! docteur ! C’est à ce point ? balbutia Raymond, interdit. Madeleine se désespérera. Cette révélation va la tuer !
— Non, parce que je lui démontrerai que son cas est guérissable. C’est ma conviction. Mme Airvault comprendra que son premier devoir est d’affermir sa santé pour redevenir elle-même, et ramener la joie dans votre intérieur qui se reconstituera plus heureux, plus fortuné, sous un ciel favorable.
— Ah ! docteur, dites-lui tout cela ! Vous serez, une fois de plus, notre sauveur. Seulement, objecta le pauvre homme, tourmenté d’une nouvelle inquiétude, voici ce qui entravera tout et bouleversera Madeleine : que faire de notre fille pendant ces quelques mois d’attente ?