— N’avez-vous point de parents à qui la confier ?

— Il ne nous reste, à l’un et à l’autre, que des cousins éloignés, indifférents, avec lesquels nous avons peu de relations.

— Une pension ? Un couvent ?

— Raymonde y souffrira à la fois et d’être privée de nous et de s’y sentir isolée. C’est beaucoup pour un cœur comme le sien !

Le docteur pensa, par analogie, à la tendre petite tourterelle qu’il devait écarter du nid. En ce rapprochement d’idées, une inspiration jaillit.

— Airvault, de ce côté encore, nous allons découvrir une solution. Votre fillette et la mienne ressentent l’une pour l’autre une de ces irrésistibles affections d’enfant qui restent inoubliables et deviennent parfois une force. Dès que je suis seul avec Évelyne, elle me parle de Raymonde. Elles se voient très souvent au parc. Maintenant, je vais vous confesser une décision prise dans l’intérêt de ma fille. Au début d’octobre, je la place dans un petit pensionnat de Saint-Germain, dont la directrice m’est parfaitement connue. Nos enfants éprouveraient une joie immense à se retrouver, et ainsi ce ne serait plus un exil ni pour la mienne, ni pour la vôtre. Vous allez en juger ! J’entends Évelyne dans le jardin.

Le médecin ouvrit la porte vitrée.

— Viens ici, mon amour !

La fillette entra, éclairant la pièce de sa robe rose et de sa chevelure d’or.

— Voici le papa de ton amie Raymonde.