Évelyne salua, d’un joli sourire, pendant que le docteur poursuivait :
— Nous sommes en train, M. Airvault et moi, d’élaborer un dessein où tu peux nous aider. Que dirais-tu si ta petite camarade passait l’hiver avec toi, chez Mlle Duluc ?
Évelyne laissa tomber son livre et frappa des mains.
— Ce que je dirais ? Mais que ce serait une chance sans pareille !… Pas d’attrape, au moins ? Ça va se faire ?
— Oui, mais il faut toi-même entrer dans le complot et disposer Raymonde à ce parti !
— Comment ? s’écria la fillette exultante. Mais c’est déjà fait. L’autre jour, nous causions pension, toutes deux ! Et nous avons conclu que ça deviendrait presque un paradis… si nous y étions ensemble !
Les deux hommes échangèrent furtivement un regard attendri et amusé :
— Voilà comment les enfants devancent les combinaisons des parents ! soupira le docteur. Éternellement Rosine déconcertera Bartolo ! Ah ! petites têtes de poupées ! Ainsi, Airvault, rassurez-vous ! Les choses s’arrangeront comme la raison nous engage à le souhaiter ! Avant une heure — puisque vous devez rendre promptement réponse — j’irai chez vous afin de préparer ma malade !
Le soir même, en effet, le médecin, avec une fermeté calme, instruisait Madeleine de la nature de son mal, d’une façon catégorique. Mais après avoir démontré la gravité des symptômes constatés, le péril qu’offrait la cohabitation pour l’enfant, M. Davier, paternellement, réconfortait la jeune femme éperdue en lui infusant la certitude de la guérison, si elle se plaçait dans les conditions désirées.
Et alors Raymond expliqua quelle proposition lui était faite, quels avantages immédiats et palpables permettraient aux éprouvés de recouvrer le calme d’abord, puis, au delà de cette passe troublée, l’espérance, la félicité de la réunion, la marche en avant vers un avenir plus beau.