Illum non solantur opes, fundique relicti :
Nec pietas, & amor frena doloris habent.
Hinc tu tam charo capiti Reniere superstes
Portœum sequeris proximitate genus ;
Virtutumque quibus clarebat avunculus hæres
Nativam ore refers ingenioque facem[36].
[36] Rapin, Rec. cit., p. 50. Portœi exequiæ.
Cette courte citation permet d’affirmer qu’aucune mésintelligence ne subsistait entre Desportes & Regnier. A l’époque où cette élégie fut écrite, les dispositions dernières de Desportes étaient connues. Si elles avaient pu être considérées comme un témoignage de disgrâce, Rapin n’eût pas placé Regnier à côté de son oncle, le grand audiencier de France, Thibaut Desportes, sieur de Bevilliers. Dans ce rapprochement, le poëte latin a montré les sentiments dont étaient pénétrés ses personnages, & ses vers peuvent être invoqués avec autant de confiance qu’un document historique.
Il ne fallut pas moins qu’un fils du roi pour empêcher Regnier de succéder à l’une des abbayes dont était pourvu Desportes. Mais ce prince, illégitime enfant de Henri IV & de la marquise de Verneuil, était si jeune alors, qu’on a tout lieu de croire à des machinations particulières pour expliquer la mauvaise fortune du poëte. Henri de Bourbon, fils de Catherine-Henriette de Balzac, avait six ans[37] lorsqu’il reçut les abbayes de Bonport, de Tiron & des Vaux de Cernay[38]. Un puissant, blessé par Regnier, prenait sa revanche & écartait le satirique des bénéfices auxquels il avait quelque droit de prétendre, &, pour lui opposer un obstacle insurmontable, allait chercher chez le roi lui-même le successeur de Desportes. Les investigations les plus serrées n’ont pu conduire à la découverte du mauvais génie dont l’influence l’emporta. Néanmoins Regnier reçut une compensation ; & ce fut par l’influence du marquis de Cœuvres[39], le frère de Gabrielle d’Estrées, qu’il obtint, sur l’abbaye des Vaux de Cernay, une pension de 2,000 livres. D’après Tallemant[40], le véritable chiffre aurait été de 6,000 livres, & à l’époque où Regnier recevait ce bénéfice, il se trouvait en possession d’un canonicat à Chartres. Sur le premier point, le témoignage de Regnier vient dissiper toute incertitude. Après la mort du roi, le poëte éprouva quelques difficultés dans le payement de sa pension, &, au milieu de ses tracasseries, il adresse à l’abbé de Royaumont une épître burlesque où il s’exprime ainsi :
On parle d’vn retranchement,