Mais bien les Asnes comme toy.

« Cet advocat vint à quelque temps de là, & Desportes luy rendit son livre, après luy avoir dit qu’il y avoit de bien belles choses. L’advocat revint le lendemain, tout bouffy de colère, &, luy montrant ce quatrain, luy dit qu’on ne se mocquoit pas ainsy des gens. Desportes reconnoist l’escriture de Regnier, & il fut contraint d’avouer à l’advocat comme la chose s’estoit passée, & le pria de ne lui point imputer l’extravagance de son nepveu[32]. »

[32] Tall., Hist. de des Portes, I, 96.

Desportes mourut, le 6 octobre 1606, en son abbaye de Bonport, où il fut enterré[33]. L’opulent abbé ne laissait rien à son neveu[34], & le testament, découvert en 1853 par MM. Chassant & Bréauté, dans les Archives de la vicomté de Pont-de-l’Arche, est venu confirmer d’une manière plus intime encore l’inexplicable situation faite à Regnier par un oncle qui ne marchandait guère sa protection aux étrangers. Avant de juger Desportes sur ce point & de le condamner, il faut lire avec attention l’expression de ses volontés dernières. Après avoir laissé à ses héritiers les biens qui lui sont venus par successions paternelles & maternelles, & les parts acquises d’eux en l’état où elles sont, il lègue à son frère de Bévilliers tous ses biens, meubles, acquêts & conquêts. Il donne quittance à sa sœur Simonne de toutes les sommes dont elle était débitrice tant en principal qu’en intérêt, & il ajoute qu’il la tient quitte de tout le maniement qu’elle a eu de son bien jusqu’au jour de son décès, moyennant qu’elle baille mille écus à la fille aînée Dupont Girard, sa nièce. Simonne Desportes était veuve depuis neuf ans, son mari était mort en 1597, à Paris, où il avait été envoyé pour traiter d’affaires intéressant la ville de Chartres. L’abbé, qui avait une nombreuse famille, ne crut pas devoir favoriser deux têtes dans la même branche. Il était du reste fondé à penser que sur ses quatre abbayes de Bonport, de Josaphat, de Tiron & des Vaux de Cernay, Mathurin Regnier, alors bien en cour, ne faillirait point d’en obtenir une.

[33] V. Gallia christiana, XI, 669, l’épitaphe que son frère fit inscrire sur son tombeau & à la suite l’éloge de Sainte-Marthe. Voir aussi Lenoir, Musée des monuments français.

[34] Desportes obtint, le 31 mai 1583, un canonicat en l’église de Chartres. Il résigna cette prébende en faveur de son neveu, Jean Tulloue, qui prit possession le 11 janvier 1595. V. Souchet, Histoire de Chartres, t. II, dans les Mémoires de la Société archéologique d’Eure-&-Loir.

Ce qui donne quelque valeur à toutes ces suppositions est le passage suivant d’une élégie latine de Rapin. Ce poëte, ami de Desportes & de Regnier, a décrit dans cette pièce déjà citée[35] les obsèques de l’abbé de Bonport, & quoiqu’il ait donné à cette cérémonie une grandeur qu’elle n’a pu avoir, puisque le service funèbre n’eut point lieu à Paris, il n’est pas douteux cependant que Rapin n’ait voulu, dans ce dernier hommage, se montrer l’interprète fidèle des regrets témoignés au mort par tous ceux qui l’avaient connu. Voici donc les vers dans lesquels Rapin nous fait voir, derrière le cercueil de Desportes, son frère Thibaut & Mathurin, son neveu.

[35] V. plus haut, page [XXXIII].

Primus ibi frater lente Beuterius ibat

Ante alios largis fletibus ora rigans.