[90] Sur le titre même se trouve une vignette signée : Humblot inv. & Daudet fecit.
[91] Voici le titre exact de ce livre : « Satyres & autres œuvres de Regnier, accompagnées de remarques historiques. Nouvelle édition considérablement augmentée. A Londres, chez Jacob Tonson, libraire du Roy & du Parlement, M.DCC.XXXIII. »
Il forme un in-4o de XX-416 pp. plus deux feuillets de table. Les vers de Regnier sont suivis, p. 350, de stances sur les Proverbes d’amour, de l’ode sur le Combat de Regnier & de Berthelot, enfin de Poésies choisies des sieurs Motin, Berthelot & autres poëtes célèbres du temps de Regnier.
L’ornementation du volume a été très-soignée. Le titre fait face à un frontispice de Natoire gravé par L. Cars, & il porte lui-même une vignette de Cochin. Quatre vignettes formant fleurons pour les satires, les épîtres, les élégies & les poésies diverses, ont été également dessinées par Natoire & gravées par Cochin. Trois autres enfin signées de Bouché & de L. Cars complètent cet ensemble de figures, en tête de la dédicace des satires, & pp. XX, 53, 95, 108, 225, 231, 245, 284, 367 & 413. Enfin chaque page de texte est entourée d’un encadrement rouge qui ajoute à l’aspect du volume.
En dépit de cette supercherie, l’édition de 1733 fut rapidement reconnue pour l’œuvre d’un faussaire. Les pièces que l’auteur regrettait de n’avoir pas connues en 1729 étaient celles-là mêmes que les Elzeviers avaient éliminées de leurs réimpressions & d’autres poésies du même genre qui avaient été recueillies par les éditeurs du Cabinet satyrique. La trouvaille ne valait guère qu’on lui fît tant d’honneur. Elle était du nombre des conquêtes qui doivent être réalisées sans grand bruit. L’indiscrétion seule du nouvel éditeur dévoilait en lui des tendances étrangères à Brossette.
En conséquence, grâce au Cabinet satyrique[92] & à l’engouement de l’éditeur de 1733 pour ce recueil, la réimpression des œuvres de Regnier comprit de plus que la précédente : l’Ode sur une vieille maquerelle, p. 299 ; les Stances sur la Ch. P., p. 307 ; l’Ode sur le même sujet, p. 308 ; le Discours d’une vieille maquerelle, p. 315, & sept épigrammes : le Dieu d’amour, l’Amour est une affection, Magdelon n’est point difficile, Hier la langue me fourcha, Lorsque i’estois comme inutile, Dans un chemin & Lizette à qui l’on faisoit tort.
[92] L’édition du Mont-Parnasse, de l’imprimerie de messer Apollo, due à Lenglet du Fresnoy, est celle qui servit pour l’accroissement des poésies de Regnier. La comparaison des textes ne laisse aucun doute sur ce point.
Le manque de goût de l’éditeur se révéla d’une manière encore plus marquée dans le commentaire dont il crut devoir accompagner le texte de Regnier. Au lieu de compléter les remarques existantes à l’aide d’observations précises & véritablement neuves, il y ajouta des réflexions à double sens & hors de propos. Il s’abandonna sur le texte de l’auteur à des critiques dérisoires, & dans les notes de Brossette il intercala des digressions bouffonnes. Quelques exemples pris au hasard édifieront le lecteur sur cet ouvrage qui est par excellence un livre de mauvaise foi.
L’expression trousser les bras (S. I) ne paraît pas noble. Cette appréciation délicate est suivie d’une remarque moins relevée : « on trousse autre chose que les bras. »
Le mot semence (S. II) semble bien autrement répugnant. Voici l’arrêt qui frappe ce malheureux : « Expression qui ne doit pas entrer dans un discours qui peut être lu par des gens d’honneur. Tout au plus un médecin & un chirurgien en doivent-ils parler entre eux. »