Le prélat tient naturellement une grande place, & d’après les pièces recueillies en son honneur & le nom des poëtes qui les ont signées, on pourrait conclure que l’abbaye de Royaumont était une retraite ouverte aux poëtes maltraités par la fortune. Baïf le fils, Dameron paraissent avoir été les familiers de l’évêque. D’autres moins favorisés, Jourdain & Regnesson, attestent en leurs vers la bienveillance de leur Mécène.
Regnier occupe un rang à part dans le manuscrit[108]. Les poésies qui lui sont attribuées consistent surtout en lettres rimées pour l’évêque dans le genre de la dix-neuvième satire :
Perclus d’vne jambe & des bras.
[108] Pages 45 à 60. On lit en tête de la première page : Plusieurs vers estant de suitte du sieur Regnier de différentes annees, qui n’ont esté imprimés dans ses œuvres & trouvés après sa mort.
Nous mentionnons, p. 8, pour mémoire, le huitain :
La feconde main de la terre.
Elles sont au nombre de douze & commencent à partir de 1606[109], bien qu’il soit constant que l’auteur n’ait pas été admis dans l’intimité de Philippe Hurault avant la fin de 1609. Au Surplus, les questions de date n’ont pas d’utilité pour repousser les attributions du manuscrit. Le texte des pièces suffit à montrer qu’elles ne sont pas de Regnier. A la fin de la première épître, l’auteur déclare qu’il n’a jamais voyagé en Italie. Plus loin, lettre V, de 1610, il est question du garde des sceaux qui succéda au marquis de Sillery, disgracié en mai 1616. Les anachronismes ne se bornent pas là. Dans une apostrophe satirique de 1612, contre le maréchal d’Ancre & sa femme, le poëte s’exprime ainsi :
… Vous espuisez nos finances
Et pour vous vacquent les Etats
Des maréchaux de notre France.