De six fois dix bouquets on pare :
Mais ta valeur beaucoup plus rare
T’en faict avoir trente plus qu’eux.
Devant un tel abaissement de toute poésie, l’esprit le plus scrupuleux peut sans hésitation décider que ces platitudes ne sont pas de l’auteur de Macette. En ses plus mauvais moments, Regnier n’est point tombé si bas, & c’est lui faire injure que de chercher sérieusement dans cet amas de rimes la part du poëte.
Il semble plus juste & plus conforme à la vérité de signaler, dans le manuscrit en question, les pièces recueillies déjà dans d’autres ouvrages. On en comptera quatre :
Le Combat de Regnier & de Berthelot, sous la date de 1607, les stances Encor que ton œil soit esteint, l’épigramme Lisette à qui l’on faisoit tort, & enfin le sonnet incomplet, Delos flotant sur l’onde[110].
[110] Cette dernière pièce se retrouve dans L’Estoile avec le nom de Regnier.
Au delà de ces constatations, l’incertitude commence. Des pièces matériellement apocryphes se mêlent à des poésies que leur facture rend suspectes. La défiance naît de tous côtés & n’épargne même pas des morceaux qui ont quelque apparence d’authenticité, comme la lettre de 1609, Après avoir fort estriué, & l’épigramme de Margot[111].
[111] Voir Regnier, édition citée, pp. 256 & 374.
Une dernière infidélité du manuscrit 12491, & la plus grave parce qu’elle dénote chez son auteur une ignorance inexplicable, vient discréditer encore les attributions qui portent le nom de Regnier. On lit en effet sous la date de 1613, à la fin des prétendues œuvres du poëte chartrain, une pièce qui n’est autre que la célèbre paraphrase de Malherbe sur le psaume Lauda anima mea Dominum.