Dame! personne n'a rien répondu. En huit jours, que les temps sont changés! Quel silence aujourd'hui devant Briand et tout à l'heure devant M. Barthou! Eux-mêmes, sûrs de leur fait, ont eu le mérite qu'on apprécie, surtout après avoir vu M. Caillaux, de ne pas dépenser de force inutile et de n'allonger que des coups qui portent. Ils n'ont jamais perdu leur sang-froid, depuis le début de l'affaire. Et maintenant ils parviennent à l'imposer autour d'eux. S'il est vrai que l'on reconnaît un bon cavalier à la tranquillité puissante de sa monture, l'attitude de toute la Commission témoigne que voilà MM. Barthou et Briand bien en selle. Contre eux, autour de notre table, plus un mot, plus un geste de lutte. Ce sont des chefs qui reviennent sur un champ de bataille d'où les fourgons d'ambulance viennent d'emporter MM. Ernest Monis et Caillaux.
Et c'est fini. Ce soir, on éteint les lumières dans la salle du cinéma.
Aujourd'hui, vendredi, tandis que mes lecteurs parcourent cet article, la Commission aborde la dernière partie de sa tâche, je veux dire l'établissement de ses conclusions. Cela ne va pas aller tout seul. Quelle méthode employer? Pour moi, le mieux serait de dresser un questionnaire où nous ramasserions, dans leur ordre, les faits et leurs circonstances, et auquel nous répondrions comme fait le jury en présence d'un crime.
Quel sera l'avis de mes collègues? Et surtout, à quelle sanction vont-ils s'arrêter? Comment se classeront-ils? Sur quelles troublantes discussions se départageront-ils? Pourrons-nous faire l'unanimité? Il ne m'appartient pas de rien préjuger, encore moins de rien divulguer. Cette dernière partie de nos travaux est secrète, sans sténographie.
Je quitte mes lecteurs pour les retrouver quand nos conclusions seront publiées.
Sortirons-nous du cloaque?
VII
JE DEMANDE DES POURSUITES
(Écrit le mardi soir 31 mars 1914.)
Il ne m'appartient pas d'entrer dans le détail des discussions qui aboutirent à l'établissement du texte des conclusions adoptées par la Commission d'enquête.