—Mon cher Monsieur Baillard, quelle peine vous me faites! Comment un homme comme vous, un prêtre, un théologien, un savant écrivain n'a-t-il pas pénétré le vrai sens de tout ce qui s'est passé à Tilly? Il s'agissait de détrôner le Christ.
—Assez, assez! s'écria Léopold, j'ai bien vu, j'ai bien entendu: Tilly embaumait de vérités et retentissait de miracles. Oui, Monsieur, je monterais sur l'échafaud et je donnerais vingt fois ma vie pour affirmer la réalité des faits qui ont eu lieu à Tilly.
—Monsieur Baillard, distinguons! Nul homme instruit dans ces questions ne niera la possibilité des faits surnaturels de Tilly. Mais quelle est l'origine de ces faits? J'ai lu six énormes volumes écrits par un avocat, M. Bizouard. Il traite in extenso des rapports du démon avec l'homme, depuis l'origine jusqu'à nos jours. Chacune des manifestations sataniques est examinée par lui juridiquement, à la manière d'un procès; or, arrivé à l'Œuvre de la Miséricorde, il découvre que l'esprit qui parlait et écrivait par Vintras n'est autre que celui qui, par Cagliostro et d'autres médiums en foule, sur tous les points de la terre, travaille à ramener le monde à l'ancien paganisme ou culte de Satan, en refoulant le règne de Jésus-Christ.
Entendant dire que M. Bizouard range Vintras au nombre des possédés, Léopold se dressa comme un ressort.
—Non, non, s'écria-t-il d'une voix indignée et plaintive, mon bon maître ne m'a pas trompé.
A ce moment, et comme s'il eût sonné au drapeau. Marie-Anne, Fanfan Jory et plusieurs autres de ceux qu'il appelait ses bons enfants, poussèrent la porte de la cuisine et firent irruption dans la chambre.
Le vieillard s'était levé, et prenant la main de son jeune visiteur, il le poussait doucement, mais irrésistiblement vers la porte.
Celui-ci ne se tint pas pour battu. Dans le corridor il fit de longs discours à Marie-Anne, pour qu'elle obtînt de son maître qu'il se confessât. Mais le visage de la vieille femme restait fermé. Le vieillard qu'elle admirait n'avait pas besoin de ce vicaire ni de personne pour faire son salut.
—Eh! répliqua-t-elle avec vivacité, que voulez-vous lui demander? Il n'a jamais fait de mal à personne, mais toujours du bien à tous, autant qu'il l'a pu, et il passe son temps à prier.
—Marie-Anne, un chrétien, un prêtre surtout, qui ne se confesse jamais, c'est un genre de saint que l'Église n'a pas encore canonisé. Vous feriez un péché mortel si vous laissiez mourir monsieur Baillard sans m'avoir appelé.