—C'est un fait constant dans toutes les vies de saints, insiste-t-il, que la plus haute prospérité succède immédiatement aux pires catastrophes.

François et Quirin le regardent avec stupeur.

Ils sont en vérité très différents de leur aîné, ces deux frères. François représente assez bien un chevalier rustaud, ou plutôt un écuyer loyal et emporté, tout en mouvement, bon pour se dévouer, mais de petit jugement. Son gros visage enfantin et d'une confiance joyeuse inspire de la sympathie. Quirin est plus terre à terre. Tout ce qu'il y a de positif à l'ordinaire chez les Lorrains, et que la nature n'avait pas employé pour pétrir ses deux aînés, semble lui être resté pour compte et d'une manière excessive. Léopold était vraiment leur chef, et il l'eût été de bien d'autres. Il continuait de parler; son visage sec tremblait d'animation et ses yeux brillaient. Quand il se tut, Quirin, d'un ton tout laïque, qui faisait un contraste affreux avec les paroles inspirées de son aîné, déclara:

—C'est bon, c'est bon, nous parlerons de Job une autre fois…

Puis avec aigreur et clarté, comme eût pu le faire un avoué, il exposa qu'il ne leur restait absolument qu'une ressource, c'était d'abandonner la colline pour toujours.

—J'en mourrais, dit Léopold avec une expression admirable de vérité.

—Allons donc, s'écria Quirin, tu ne connais pas l'Amérique!

—Il faut relever Sion, reprit Léopold se parlant à lui-même.

Mais Quirin brutalement:

—Tu l'avais relevée, et c'est toi qui l'as détruite.