Mais l'Oblat:
—Rassurez-vous, Monsieur Baillard, je ne viens pas discuter avec vous; je viens vous apprendre que le pauvre Père Aubry est mort.
Cette nouvelle ne parut pas autrement intéresser le malade. Il tenait les yeux fermés, et sa main valide s'agitait impatiemment sur la couverture.
Cependant le Père Cléach continuait, et encore tout vibrant des émotions qu'il ressentait depuis trois jours, il commença de rapporter le suprême entretien qu'il avait eu avec le vieil oblat.
Quelle surprise pour Léopold d'entendre ces paroles et cet accent, et de sentir fixé sur lui avec une infinie amitié et même avec admiration le regard de son jeune visiteur. Il n'était donc plus seul; on s'occupait de lui autrement que pour lui jeter la pierre; au couvent, la vérité se faisait jour, enfin! L'idée qu'il avait été aimé fondit les glaces contre lesquelles tous les anathèmes avaient échoué. Il écoutait avec ravissement l'Oblat lui répéter les paroles du Père Aubry: «Personne plus que Léopold Baillard n'a aimé la colline de Sion.» Et il sentait que de tous les hommes qu'il avait connus, très peu auraient pu le comprendre aussi bien que cet adversaire dont il avait tant souffert. «Comment n'ai-je pas vu, pensait-il, que nous pouvions nous aimer?» Deux grosses larmes coulèrent sur ses joues, quand l'Oblat lui révéla que le Père Aubry avait offert sa vie pour arriver le premier au tribunal de Dieu et intercéder en faveur du Restaurateur de Sion. A plusieurs reprises, il interrompit pour dire:
—Cela est d'un vrai prêtre.
Et l'Oblat poursuivait:
—Vous avez fait de grandes choses sur la colline, Monsieur Baillard; nous l'avons trop méconnu, mais la sainte Vierge, Elle, ne peut pas l'oublier.
—Maintenant, dit le malade, je sens que je ne pourrai plus rien faire en ce monde, je suis content de mourir.
—Avec saint Paul, Monsieur Baillard, vous formez ce souhait: Capio dissolvi…