Quand ce fut fini, les deux prêtres s'embrassèrent. Et le Père Cléach, retenant les larmes d'émotion et de bonheur qui l'étouffaient, ouvrit la porte de la cuisine pour annoncer aux Enfants du Carmel que monsieur Baillard s'était confessé. Ils en furent stupéfaits, mais ne cachèrent pas leur mécontentement.

—Ah! dit Mme Mayeur, si vous n'aviez que du monde comme ça à convertir, vous seriez heureux! Malgré sa maladie, il n'a pas manqué une seule fois de nous rassembler pour la prière. Quelques petites erreurs, oui, je ne dis pas, mais à part cela, quel saint!

L'Oblat ne s'en émut pas; il avait hâte de remonter au couvent et d'y prendre toutes choses pour administrer le mourant.

Marie-Anne le suivit dans le corridor et lui dit:

—Nous sommes pauvres; il me sera impossible de faire un grand enterrement comme on en fait pour les messieurs prêtres…

—Ma pauvre Marie-Anne, lui répondit-il, quittez ce souci, tout s'arrangera pour le mieux et vous serez contente.

Que lui importaient à cette heure l'opposition de ce pauvre petit monde égaré et les mesquins soucis de Marie-Anne! Tout cela lui semblait si misérable auprès de ce sentiment de charité qui remplissait son cœur. Comment se serait-il ému de quelques murmures hostiles, alors qu'il avait encore sur lui le regard reconnaissant de Léopold, un regard de mourant épanoui pour une nouvelle vie!

Au couvent, où il arriva comme porté par deux ailes, on ne partagea pas tout son enthousiasme. Certes, on appréciait le résultat obtenu: Léopold s'était confessé. Mais l'attitude de la cuisine donnait grandement à réfléchir. On rappelait la tactique constante de Vintras et des pontifes: éclairer ou illuminer les fidèles et leur permettre ensuite de se conformer à la liturgie catholique.

—Léopold est de bonne foi, répétait le jeune Oblat.

On lui montra une lettre de l'Évêque, très sage et très nette, qui précisait bien le double problème: sauver une âme et purifier la colline. Il fallait une rétractation solennelle.