Léopold lui serra la main en lui disant affectueusement:
—Je vous remercie bien, Monsieur Morizot.
L'ancien magister aurait continué son discours, mais l'Oblat, qui sentait que le malade allait s'affaiblissant et que le temps pressait, continua la cérémonie. Il releva le prêtre repentant des censures, de l'excommunication et de l'interdit pour hérésie et schisme, et prononça la sentence d'absolution. Puis, l'ayant rétabli dans tous ses pouvoirs, il lui donna le Saint Viatique.
A cette minute, la pensée que le Père Aubry lui avait léguée jeta une longue flamme dans l'âme du Père Cléach. Le vieil Oblat avait dit vrai. Au fond de sa longue erreur, ce malheureux hérésiarque avait connu un enthousiasme du divin et un élan d'adoration que le meilleur croyant devait envier et désirer d'ajouter à sa foi. Le jeune Oblat se mit à genoux et, devant la petite assemblée, demanda au pénitent de lui donner sa bénédiction.
Léopold, élevant aussitôt la main, prononça la formule:
—Que le Dieu très haut et très bon, Père, Fils et Saint-Esprit, vous accorde sa bénédiction, et qu'à jamais elle demeure sur vous et sur les vôtres.
C'était son premier acte de prêtre rétabli dans ses droits, et ce devait être le dernier.
Quand l'Oblat voulut se retirer, il lui tint longuement la main, en répétant à deux ou trois reprises:
—Vous êtes mon ami! C'est vous qui êtes mon ami!
A l'apparition du père Cléach sur le seuil de la pauvre maison, ce fut un long murmure d'admiration. Tout le village était rassemblé dans la rue. Mme Pierre Mayeur, résumant le sentiment général, lui dit: