—Benjamin Constant, mon maître, mon ami, qui peux me fortifier, ai-je réglé ma vie selon qu'il convenait?

—Les affaires publiques dans un grand centre, ou la solitude: voilà les vies convenables. Le frottement et les douleurs sans but de la société sont insupportables.

—Tu le vois, je m'enferme dans la méditation; mais on ne m'a pas offert les occupations que tu indiques, où peut-être j'eusse trouvé une excitation plus agréable.

—A dire vrai, dans la solitude je me désespérais. Dès que je le pus, je m'écriai: Servons la bonne cause et servons-nous nous-même.

—Mais comment se reconnaît la bonne cause? et jusqu'à quel point vous êtes-vous servi vous-même?

—Hé! me dit-il avec son fin sourire, j'ai servi toutes les causes pour lesquelles je me sentais un mouvement généreux. Quelquefois elles n'étaient pas parfaites, et souvent elles me nuisirent. Mais j'y dépensai la passion qu'avait mise en moi quelque femme.

—Je te comprends, mon maître; si tu parus accorder de l'importance à deux ou trois des accidents de la vie extérieure, c'était pour détourner des émotions intimes qui te dévastaient et qui, transformées, éparpillées, ne t'étaient plus qu'une joyeuse activité.


Oraison

Ainsi, Benjamin Constant, comme Simon et moi, tu ne demandais à l'existence que d'être perpétuellement nouvelle et agitée.