Voilà bien la séparation que je désirais, mais ce me fut un désespoir que lui-même me l'imposât.


Je repris mon rêve d'Haroué, en feuilletant des guides Baedeker sur mon oreiller. Chacun de ces titres: Belgique, Allemagne en trois parties, Italie, soudain émouvait un coin de mon être. Désireux de m'assimiler ces sommes d'enthousiasmes, quel mépris ne ressentais-je pas pour tous ces maigres saints devant qui je m'étais agenouillé et qui ne sont qu'un point imperceptible dans le long développement poursuivi par l'âme du monde à travers toutes les formes!

Le lendemain je dis à Simon:

—Je n'abandonne pas le service de Dieu; je continuerai à vivre dans la contemplation de ses perfections pour les dégager en moi et pour que j'approche le plus possible de mon absolu. Mais je donne congé aux petits scribes passionnés et analystes, qui furent jusqu'alors nos intercesseurs. Ainsi que nous essayâmes en Lorraine, je veux me modeler sur des groupes humains, qui me feront toucher en un fort relief tous les caractères dont mon être a le pressentiment. Les individus, si parfaits qu'on les imagine, ne sont que des fragments du système plus complet qu'est la race, fragment elle-même de Dieu. Échappant désormais à la stérile analyse de mon organisation, je travaillerai à réaliser la tendance de mon être. Tendance obscure! Mais pour la satisfaire je me modèlerai sur ceux que mon instinct élit comme analogues et supérieurs à mon Être. Et c'est Venise que je choisis, d'autant qu'il y fait en moyenne 13°,38 en mars et 18°,23 en mai. Puis la vie matérielle y est extrêmement facile, ce qui convient à un contemplateur.


Nous nous quittâmes en nous serrant la main. La crainte de m'éloigner sur une émotion un peu banale d'un local où nous avions eu des frissons très curieux m'empêcha seule de presser Simon dans mes bras. Mais je constatai que nous nous aimions beaucoup.


CHAPITRE VIII

A LUCERNE, MARIE B...