Eh bien! mon cher maître, pourquoi, vous-même ne collaborez-vous pas à cette tâche de donner un sens au mouvement populaire, de l'interpréter comme vous dites, ou encore de lui donner les formes qu'il vivifierait? Pourquoi à des ambitieux inférieurs laisser d'aussi nobles soins?
—Mes raisons sont nombreuses, répondit M. Renan visiblement fatigué, mais je n'ai pas à vous les détailler, une seule suffira: mon hygiène s'oppose à ce que je désire voir modifier avant que je meure la forme de nos institutions.
CHAPITRE DEUXIÈME
PHILIPPE RETROUVE DANS ARLES BÉRÉNICE, DITE PETITE-SECOUSSE
La conversation de ces messieurs m'éclaira brusquement sur mon besoin d'activité et sur les moyens d'y satisfaire.
Ayant fait les démarches convenables et discuté avec les personnes qui savent le mieux la géographie, c'est la circonscription d'Arles que je choisis.
Le lendemain de mon arrivée dans cette ville, comme je dînais seul à l'hôtel, une jeune femme entra, vêtue de deuil, d'une figure délicate et voluptueuse, qui, très entourée par les garçons, alla s'asseoir à une petite table. Tandis qu'elle mangeait des olives d'un air rêveur, avec les façons presque d'une enfant: «Quel gracieux mécanisme, ces êtres-là, me, disais-je, et qu'un de leurs gestes aisés renferme plus d'émotion que les meilleures strophes des lyriques!»
Puis soudain, nos yeux s'étant rencontrés:
—Tiens, m'écriai-je, Petite-Secousse!