Nous deux, et c'est elle qui te dira et te prouvera son amour. Elle viendra te voir et glisser à ton doigt l'anneau du plaisir.
GUILLAUME
Dame sœur, je vous aime, vous m'avez été bonne et secourable, et ce que j'ai de plus beau dans la mémoire, je vous le dois. Jamais rien de ce que vous me demanderez, je ne pourrai vous le refuser. Et aujourd'hui encore, ma Savante, voici que vous venez de me réconforter. Votre amitié m'est plus douce que le ciel pur apparaissant après l'orage, quand nous naviguions de France en Syrie.
ISABELLE
Il n'était pas possible que le dernier mot d'un si grand amour fût pour souhaiter qu'elle mourût, celle qui vous donna sa foi.
XII
Au lever du jour, sire Guillaume s'en alla chez le pauvre musulman que lui avait indiqué Isabelle et se mit à son service comme un simple manœuvre.
Il défonce le sol, il y plante des légumes qu'il arrose avec l'eau de l'Oronte, et cet humble jardin d'un autre, il l'entoure soigneusement d'un mur de terre battue. C'est à ce prix qu'il achète sa subsistance quotidienne et le droit de se construire la cabane où il recevra ses deux amies. Peu lui coûte cette vie d'efforts grossiers, car il aspire à user ses forces, à dissiper en sueurs d'esclave ses trop douloureuses pensées. Au milieu des pierres et des ronces, sous le soleil implacable et dans ces travaux qui le brisent, il songe aux plaisirs qu'Oriante lui a donnés et qu'elle lui renouvellera. Il guette s'il voit un messager qui court lui annoncer la visite des deux femmes. Alors il se baignera dans l'Oronte, il cueillera des fleurs, et le soir elles se glisseront toutes deux dans sa cabane avec leur phosphorescence de tristesse et de volupté.
Ce soir arriva. Elles apparurent dans ce demi-désert de la rivière, toutes deux essoufflées, et Isabelle portant un panier à la manière des jeunes dames charitables qui visitent les malheureux. Le premier mot, le cri du jeune homme, en saisissant de ses deux mains les poignets de la Sarrasine, fut: