Elle se tourna vers son seigneur, et attendit que d'un signe il lui permît d'obéir au vœu de leur hôte.
Elle resta un peu plus longtemps que de coutume les yeux baissés, à se dire à elle-même le poème pour bien s'assurer des mots et du rythme, puis immédiatement avant de commencer, elle leva ses paupières sur Guillaume, et il en sortit une douce lumière si vive qu'il reconnut sur ce visage, ainsi éclairé d'un reflet de l'âme, l'expression de l'étonnement le plus douloureux et le plus tendre.
Elle chanta:
«L'injuste amant s'est écrié: la puissance qu'a mon amante de dissimuler me glace. Mais l'amante qu'il ose blesser lui répond avec justesse: si c'est dissimulation, remercie Dieu qui m'en fit capable, car mon prince gît dans la mort et toi, dans l'abaissement, et je ne puis même pas abriter sous un voile mon visage.
«Les pensées qui remplissent mon cœur, tu me reproches que je les contienne, mais voudrais-tu qu'il les entendît frissonner, ces pensées qui te nomment et qui nous condamneraient, l'étranger qui, sur mon cœur de captive, infortunée que je suis, chaque nuit, pose sa tête?»
Ce dernier trait bouleversa le jeune homme. Il dit en se contraignant qu'aucune chanteuse de par le monde n'approchait d'une telle perfection, et puis en arabe, pour elle seule, il ajouta que maintenant il ne pouvait plus entendre qu'un chant de mort.
Elle lui répondit:
«Les amants veulent mourir ensemble, mais sous les dalles de leurs tombes jumelles, l'amant verra-t-il le sourire, le doux visage de l'amante?
«Je suis vivante, et dans mon cœur je garde pour me réchauffer vos sentiments qui sont ma gloire et mon plaisir. Que ferais-je dans la tombe de cet orgueil que je vous dois, de ma beauté qui vous est chère et de ce mortel sacrifice où, faible que je suis, je vous vois consentir?
«Si mon amant exige que je meure, qu'il retire d'abord de mon cœur son cœur, puisque avant son amour je n'étais qu'une morte.»