Quelques heures après nous étions debout, étrillés, sanglés, caparaçonnés, prêts à nous repaître encore de musique: ce que nous fîmes jusqu'à l'heure du repas chez notre excellent Volkland, le plus cordial des hommes. Il nous fit asseoir à sa table. Une plantureuse nourriture nous mit la joie au coeur, et je vis que le gracieux vin blanc de notre hôte trouvait un vif plaisir à se laisser boire. Vous savez, honnête Casimir, que l'après-midi fut consacrée aux oeuvres d'orgue de notre Saint-Père le Bach[2], belle occasion pour vous de labourer quelques pianos, et que nous nous achevâmes au théâtre, où l'on voulut bien nous donner le Jules César de Shakespeare. Vous l'avouerai-je? après une journée si pleine j'aurais peut-être ébauché un somme. Mais toute la nuit j'en fus empêché par deux touristes (mâle et femelle) qui, dans la chambre contiguë à la mienne, échangèrent d'une voix rauque leurs stupides impressions. Ne pouvant jouer du flageolet, je pensai à mille choses d'autrefois; et je psalmodiai ce distique, jadis improvisé près de Bayreuth par un jeune Mage de mes amis:
Gorgé jusques aux dents de rouges aloyaux,
Hændel éclate en chants terribles et loyaux.
Note 2: [(retour) ]
J'emprunte cette noble expression à M. Édouard Michel, qui est une des lumières de Marseille.
Il le fit, je m'en souviens, par une après-midi de lumière, de chansons et de Johannisberg. Ce jour-là nous avions prié la sainte Kabbale d'aller voir à la cave si, par hasard, nous n'y étions pas; et, libres de toute servitude, nous devisions gaîment dans la campagne ensoleillée.
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
Les Chansons joyeuses. 1 vol. in-12. 1874 (Paris,
Charpentier) 3 50
Les Poèmes de L'Amour et de la Mer. 1 vol.