—Hélas! mon amante chérie,
Toute parée en argent fin,
Qui devait m'épouser demain
Dans l'église Sainte-Marie!
Elle m'attendra jusqu'au soir
Dans la grand'salle du manoir.

—Qu'elle t'attende et qu'elle sache
Que ses yeux noirs ne verront plus
Tes varlets aux brillants écus,
Ton casque d'or au blanc panache.
Ton épouse, beau damoiseau,
C'est la pâle Fleur du Lys d'eau!

Mais si la pièce d'Alfred de Musset n'a pas été jouée, le théâtre de l'Opéra-Comique a donné le 31 décembre 1833 la première représentation de Le Revenant, opéra fantastique en deux actes, paroles de M. Albert de Calvimont, musique de Gomis (Paris, Barba, 1834. In-8o), dont le sujet est pris à la même source et l'intrigue presque identique[76]. Albert de Calvimont remonte au point de départ de la légende: nous assistons à la mort de Sir Robert, qui rend l'âme au moment où il va signer la quittance de Sténie; Miss Eveline est devenue Sara, la filleule de Sir Robert, et Johny le braconnier est remplacé par le fantôme du sommelier Dugald, qui agit sous les ordres de l'ombre de Sir Arundel, aïeul de Sir Robert. Par suite, la chasse à l'homme est supprimée; même scène d'évocation et du sabbat dans les tombeaux; Sténie obtient sa quittance. Mais le dénouement se modifie: Sir John, le laird actuel, qui aime aussi Sara, obéissant à un commandement de l'ombre de Sir Arundel: «Mon fils, sois meilleur que ton père!» revient au bien, et, étouffant son amour qui n'est pas partagé, unit Sténie et Sara.

IV

ALFRED DE MUSSET CRITIQUE

Le 14 janvier 1831, Alfred de Musset écrivait à Alfred Tattet: «.....Je passe ma vie avec une demi-douzaine de peintres; quels bons garçons, que les artistes, quand ils ne sont pas du même genre que vous! Je rends compte des petits théâtres, toujours au Temps, je rimaille par boutade......»

Malgré toutes mes recherches, il m'a été impossible de retrouver ces critiques. A cette époque, aucun article n'était signé dans le Temps et de l'origine du journal à la date de la lettre d'Alfred de Musset, j'ai relevé deux cent trente-six chroniques théâtrales. Combien Alfred de Musset en a-t-il écrit dans ce nombre? Je l'ignore. Son premier article connu, se trouve dans le numéro du 27 octobre 1830 (Exposition du Luxembourg, 1re partie). Or dans les numéros des 29 novembre, 6, 13 et 27 décembre, on rencontre quatre articles portant cette rubrique: «Revue des Théâtres secondaires». Peut-être n'est-ce qu'une simple coïncidence, mais dans sa lettre, Alfred de Musset parle de «petits théâtres», et ces quatre revues sont publiées le lundi, comme les Revues Fantastiques, qui, elles non plus, ne sont pas signées.

Et cette collaboration anonyme ne s'est pas bornée au journal Le Temps. L'Europe Littéraire, dont la première période, sous la direction de Victor Bohain et Alphonse Royer, va du 1er mars au 9 août 1833, dans son Supplément au Prospectus, publie cette lettre:

«A Messieurs les Directeurs de l'Europe Littéraire.

«Messieurs,