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Mil huit cent vingt! Nous éclosions
Dans les mélanges poétiques
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Puis dix ans nous nous reposions
Au sein des drames romantiques.
Venaient après?... je ne sais plus,
Sinon que c'était du plus tendre,
Du cœur brisé, des sens émus,
Et beaucoup de vœux superflus.
Dix nouveaux ans encor de fièvre!
Arthur[80] paraît, le malheureux,
Déplorablement vertueux,
Triste réveil d'un charmant rêve!
Est-ce la fin? Hélas! Hélas!
Voilà que viennent des Lilas![81]
C'est l'amitié qui les fait naître,
Le temps d'éclore et de paraître,
De parfumer une fenêtre,
Et tout est dit de cette fois!
Mais comme ils sont négligés, ces vers, mal présentés,
Avec des trous à leur chemise;
grande est leur sottise de paraître en pareil accoutrement devant leurs amis et maîtres; cependant, on leur pardonnera en faveur de leur bonne intention et du grand âge de leur auteur.
Ce petit poème est adressé à Monsieur ou à Madame Alfred Tattet. Peut-être est-ce la lettre qui accompagnait l'envoi d'un volume de poésie.
VIII
LES FRÈRES VAN BUCH
Les Frères Van Buch, légende allemande, tel est le titre d'une nouvelle en prose publiée dans le Constitutionnel du 27 juillet 1844 et précédée d'une Lettre au Directeur.
Dans une petite ville des bords du Rhin, habite le vieil orfèvre Hermann; sa fille Wilhelmine revient ce jour même du couvent, et, dès leur première rencontre avec deux jeunes graveurs, voisins et hôtes assidus de son père, Henri et Tristan Van Buch, inspire un violent amour aux deux frères. Les jeunes hommes se cachent leur mutuelle passion, mais leurs rêves les trahissent, et dans l'impossibilité où ils sont d'épouser la même jeune fille, ils décident de s'en rapporter à son choix: «Ma fille, leur répond l'orfèvre, vous a vus tous deux; elle chérira Tristan comme un époux et Henri comme un frère.» Henri s'efface devant l'heureux élu, mais bientôt il se sent incapable de tenir son serment. Un jour qu'ils chassent, il s'en ouvre à son frère et le supplie d'attendre qu'il soit mort pour épouser Wilhelmine; devant un si grand désespoir, Tristan offre à Henri de lui céder ses droits: «Que je l'épouse! s'écria l'autre. Me transmettrez-vous son amour en me transmettant vos droits? Il faut cependant que l'un de nous en meure! ajouta-t-il d'une voix sombre. Sa main tremblait et battait contre son couteau de chasse.—Oui, répondit Tristan.» Et la lutte s'engage. Bientôt tous deux sont mortellement frappés; Tristan tombe à terre, mais Henri reste debout, vacillant et immobile: «Du fond de la vallée, dans le crépuscule, une forme vague sembla tout à coup se détacher et s'avancer vers eux. Elle montait lentement la colline et, à mesure qu'elle approchait, les fils reconnaissaient leur mère. Au moment où le spectre parut, entièrement visible et reconnaissable, celui qui était debout, par un suprême effort, quitta la place où il était cloué, et alla se jeter dans les bras de celui qui gisait à terre. Ainsi tous deux, couverts de larmes et de sang, expirèrent dans un dernier embrassement.»