On parle depuis longtemps d'élever une statue à Alfred de Musset. L'heure nous semble venue de passer de la parole à l'action. C'est à nous, les jeunes, qu'il appartient de prendre l'initiative d'un monument à celui qui est et restera le poète des jeunes.
Camarades,
Vous entendrez notre appel, et bientôt, grâce à vous, Paris verra se dresser sur l'une de ses places, l'image impérissable d'Alfred de Musset.
Le Comité.
Une longue liste de noms suivait. Le comité se subdivisait: 1o En comité d'initiative: MM. Frédéric Giraud et Auguste Renucci, secrétaires.—2o En comité d'honneur: M. Émile Augier, président. MM. J. Claretie, F. Coppée, A. Dumas, L. Halévy, Ed. Pailleron, Ch. Buloz, H. Fouquier, A. Houssaye, J. Richepin, F. Sarcey, E. Zola, Delaunay, Got, G. Charpentier, etc. Les souscriptions étaient reçues à la librairie Lemerre.—Mais 912 francs seulement furent recueillis, qui suffirent à peine à solder les frais de publicité.
Il ne restait plus que le monument Falguière-Mercié. Plusieurs maquettes furent successivement modelées.
1891. Le Gaulois, 13 avril.—«....Musset est représenté assis, les yeux fixés sur un livre. Devant lui, passe une figure allégorique, la Muse de la Poésie, effeuillant des fleurs dans l'espace. L'ensemble est imposant et d'une grâce empreinte de mélancolie. Le monument aura environ 7m 50 de hauteur. Les deux grands sculpteurs espèrent que leur œuvre sera achevée vers le mois de juillet.»
1892. Le Temps, 26 février.—«....On verra dans la partie inférieure, une Muse, foulant d'un pied léger le soubassement, se tourner au passage vers le poète; du bras droit, elle tiendra une lyre appuyée contre sa poitrine; elle déposera de la main gauche une palme aux pieds du chantre des Nuits, que M. Mercié représentera assis, les jambes croisées, sur une roche, et le bras appuyé sur son genou, le menton dans sa main, méditant.»
Dans une lettre que publie l'Événement du 18 août 1892, M. Osiris déclare que le monument est presque terminé, et cependant les mois et les années se passent sans qu'Alfred de Musset ait sa statue. La cause de ce retard? La raison donnée est que MM. Mercié et Falguière attendent que le Conseil municipal leur désigne l'emplacement, pour savoir quelles proportions ils doivent donner à leur monument. De son côté, le Conseil municipal déclare attendre que MM. Falguière et Mercié aient terminé leur œuvre avec ses dimensions pour désigner l'emplacement. Le Gaulois du 29 octobre 1896 s'étonne à bon droit d'un pareil retard, alors que depuis plus de deux ans la maquette est acceptée par le Conseil municipal, et, sans résultat du reste, demande des explications. Le plus ennuyé est M. Osiris, qui, sur la somme de quarante mille francs à laquelle la Commission des Beaux-Arts a évalué le prix du Monument, en a versé dix mille et voudrait remettre le surplus aux mains du Conseil municipal.
A la fin de l'année 1897, M. Falguière se retire de l'association: