«....Il a considéré, d'accord avec son ami Mercié, que ce serait trop de deux auteurs pour une œuvre qui ne saurait être de dimensions très grandes. Et comme M. Mercié était chargé de la figure principale, il a été convenu que le même artiste s'occuperait également des motifs accessoires....»
Telle est l'explication que donne le Figaro du 10 octobre 1897. Je crois que l'ennui causé par tous ces retards est la véritable raison de la retraite de M. Falguière. Et, à mon humble avis, il se passera bien du temps encore, avant que nous ne voyions la statue d'Alfred de Musset se dresser à Paris, sur une place publique; cependant, l'Exposition universelle de 1900 présente une excellente occasion d'inaugurer ce monument.
M. Antonin Mercié reste donc seul chargé de l'exécution. Le Figaro du 17 janvier 1898 donne la description de la maquette du dernier projet:
«....Mercié nous a montré une cire représentant Alfred de Musset assis sur un banc, un livre à la main, un manteau tombant de ses épaules, le regard perdu dans un rêve. Ingres n'eût pas mieux dessiné l'élégant poète dandy, que Mercié nous a rendu vivant: «C'est tout. Peut-être encore sur le piédestal, un bas-relief donnant quelques scènes des proverbes. Cela dépendra de l'ampleur du monument, c'est-à-dire de la place que va me désigner le Conseil.»
L'emplacement désigné sera probablement le petit terre-plein de la place du Théâtre-Français, qui fait face à la rue Saint-Honoré, et sur lequel donne l'entrée des artistes de la Comédie Française; on le débarrassera des édicules qui l'encombrent. Il avait également été question d'ériger la statue d'Alfred de Musset, place de la Sorbonne, au milieu de la jeunesse des Écoles; ce projet semble abandonné.
Quant à la physionomie elle-même de la statue, M. Mercié l'a composée d'après les portraits exécutés du vivant d'Alfred de Musset et les données que lui fournirent diverses personnes, parents et amis, ayant connu le poète. Mme Lardin de Musset a remis au sculpteur des vêtements portés par l'auteur de Un Caprice et est même venue poser pour les yeux et le haut de la figure qu'elle a semblables à ceux de son frère.
PORTRAITS DIVERS
I.—Portrait-charge dessiné par Alfred de Musset sur l'album de son ami Alfred Tattet. Mme Tattet avait bien voulu me faire voir ce portrait; mais aujourd'hui cette dame est morte et j'ignore lequel de ses héritiers le possède actuellement.
II.—Un matin de l'année 1882, le graveur Louis Charbonnel m'apporta un portrait peint à l'huile sur une toile collée sur carton fort; il prétendait que c'était Alfred de Musset par Eugène Delacroix: le poète était représenté en buste, de face et vêtu d'une chemise de femme. Je ne pouvais discuter avec lui l'authenticité du Delacroix, car il avait sous ce rapport beaucoup plus de connaissances que moi; mais, ce que je pus lui affirmer, c'est que son tableau me semblait une affreuse croûte et que ce n'était sûrement pas Alfred de Musset. Charbonnel n'en voulut pas moins graver à l'eau-forte ce portrait, le réduisant à peu près au quart, et me donna le cuivre. Cet ami est mort en 1884 et je ne sais ce qu'est devenu l'original; quant au cuivre j'en ai, cette même année 1884, fait tirer 25 épreuves à l'imprimerie Lemercier et l'ai mis au tond d'un de mes tiroirs où il est encore.