Il y avait un peu plus d'un mois que les deux amants étaient à Venise, quand éclata la crise terrible dont s'est ressentie leur vie entière: fatigué au physique et au moral par le voyage, affaibli par le climat, ennuyé de cette compagne toujours malade qui lui faisait si triste figure, Alfred de Musset devint nerveux, irritable, s'emportant à la moindre contradiction, au moindre obstacle; George Sand, que la fièvre rendait non moins irascible et maussade, reçut mal ses observations ou ses doléances: de là ces querelles qui firent de leur chambre d'hôtel un enfer. Ce ne fut pas leur faute, il ne faut les accuser ni l'un ni l'autre: le milieu seul fut coupable. Et puis, sans vouloir en convenir avec eux-mêmes, ils commençaient malgré eux à sentir que leur beau rêve était irréalisable et que l'amour idéal ne se trouvait pas sur terre. C'est alors qu'Alfred de Musset fut à son tour atteint par la fièvre; et dans l'état d'excitation où il vivait, le mal ne fit pas chez lui de lents progrès comme chez George Sand: il l'abattit d'un seul coup. George Sand éperdue, ne sachant où donner de la tête, manda par une lettre pressante[27] un jeune médecin, qui, peu de temps auparavant, l'avait soignée pour une migraine, le docteur Pierre Pagello:
«...E mi pregava di accorrer subito, e, se lo credessi opportuno, di condur meco un altro medico, per consultare, trattandosi d'un uomo di grande ingegno poetico e di un individuo che cio che di meglio amava sulla terra. Accorsi subito e mi associai al dottor Zuanon, valentissimo giovane e collega, assistente all'ospitale dei S.S. Giovanni e Paolo. Abbiamo diagnosticata la malattia per febbre tifoidea nervosa.....»[28].
«...Elle me priait de venir aussitôt, et, si je le jugeais opportun, d'amener avec moi un autre médecin pour une consultation; il s'agissait d'un homme d'un grand génie poëtique, d'une personne qui était ce qu'elle aimait le mieux sur la terre. J'accourus de suite et m'adjoignis le docteur Zuanon, jeune homme fort remarquable et mon collègue, assistant à l'hôpital des Saints Jean et Paul. Nous avons diagnostiqué la maladie: une fièvre typhoïde nerveuse....»
Pagello vint et remplaça avantageusement un vieux médecin qui, nous ne savons comment, se trouvait au chevet de Musset, dès le début de sa maladie, le docteur Rebizzo[29].
Pagello ordonna des compresses d'eau glacée et une potion calmante:
| Aq. ceras nigr | ξ ij |
| Laud. liquid. Sydn. gutt | XX |
| Aq. coob. laur. ceras, gutt | XV |
DrPAGELLO.
| Eau de cerises noires | 1 once, 2 gros. |
| Laudanum liquide de Sydenham | 20 gouttes. |
| Eau distillée de laurier cerise | 15 gouttes. |